Il était une fois le podcast. 3 : Des cabanes aux immeubles

Après avoir constaté en 1ère partie que le podcast actuel était arrivé dans un paysage densément peuplé, puis nous êtres plongé·es en 2e partie dans cet immense terrain vague, plein de trésors et de contructions improvisées, que représentèrent les débuts du son sur le web, voici venue la tâche à peu près impossible de poursuivre le panorama de la production là où on l’avait arrêtée, c’est-à-dire au tout début des années 2000. Syntone ne voulant pas vous laisser sans matière sonore avant de prendre ses vacances d’été, vous y trouverez quelques heures supplémentaires de sons à écouter. Nous les présentons toujours chronologiquement : une première vague, de 2002 à 2006, marqua l’institution progressive du podcast dans le paysage médiatique francophone ; une deuxième vague, de 2007 à 2015, se caractérisa par une volonté de structuration et de déploiement. Nous nous arrêterons juste avant la troisième vague, celle des immeubles, qui s’écrit en ce moment même. Comme dans les parties précédentes, nous procédons ici de façon impressionniste, par touches multiples mais sans viser une illusoire exhaustivité.

Kars Alfrink, « Headphones », 2006, CC by.

Première vague : 2002 – 2006

La création sonore investit le web

À partir de 2002, les radios associatives commencèrent à ajouter à leurs créneaux de création radiophonique les productions d’Arte Radio. La chaîne culturelle de télévision franco-allemande décida en effet cette année-là de se doter d’une radio et confia la mission de la développer sur le web au journaliste Silvain Gire et à l’ingénieur du son Christophe Rault. Ces derniers la conçurent comme un « magazine sonore », « résolument anti-commercial, et même anti-culturel », composé de « modules (…) adaptés à l’écoute sur Internet, qui parlent autrement de société, de politique, de création et d’intimité »1 : des documentaires, des reportages, des fictions, des chroniques, des débats et autres créations. Si une partie des productions demeurait, dans les premiers mois, liée à l’actualité de la chaîne de télévision et imprégnée du ton audiovisuel de l’époque, Arte Radio affirma bientôt sa patte, notamment en bannissant toute voix off (elle reviendrait sur cette spécificité à son adolescence, quand la vogue du storytelling se mettrait à submerger la création sonore). La webradio mit plusieurs années à se faire connaître du grand public, mais joua dès le départ, et toujours aujourd’hui, un rôle indéniable dans la promotion (côté autrices et auteurs) et la découverte (côté auditrices et auditeurs) de la création sonore et radiophonique. Les modes de diffusion de ses productions évoluèrent avec le temps et les usages, mais ils furent toujours multiformes : d’abord en auto-hébergement seul, en format Real Audio, Flash, mp3 et, dans un second temps, Ogg Vorbis, libre et de bien meilleure qualité ; à compter de 2005, à la demande de fans2, un flux RSS apparut ; puis dans les années 2010, une application mobile fut développée et les sons ajoutés à des plateformes de streaming comme Soundcloud ou Deezer et, pour quelques documentaires sous-titrés en anglais, Youtube.


Un « documentaire » (en fait un micro-trottoir) de Frédérique Pressmann en 2003.

Un « documentaire » (en fait un extrait d’entretien) de Thomas Baumgartner en 2004.

Dans la création sonore instituée (c’est-à-dire reconnue ou revendiquée comme telle), d’autres sites personnels ou collectifs avaient également émergé. Côté anglosaxon, en 2002, une émission phare de la création sonore, Framework commençait à être diffusée sur la radio londonienne Resonance FM, toute entière consacrée à « l’art de l’écoute », et sur le site personnel de Patrick McGinley. En 2003, la radio du New Jersey WFMU, indépendante, expérimentale et férue d’art radiophonique, avait lancé le projet 365 jours, où 200 contributrices et contributeurs avaient envoyé « des sélections de sons sympas, étranges et souvent obscures ». Une opération qu’elle reconduisit en 2007. Son blog mythique de veille autour du son et de la musique, Beware of the blog, fut lancé à la toute fin 2004, qui proposa jusqu’en 2015 rien moins que « des mp3 hallucinants, des bizarreries audiovisuelles, des infos et des critiques de musiques improbables et des liens vers les sites les plus excentriques du web ». À New York, le musée d’art contemporain MOMA PS1 anima de 2004 à 2009 WPS1, sa webradio d’art contemporain3. Au même moment, à l’autre bout des États-Unis, sfSound inaugurait sa webradio, un flux de « compositions expérimentales, improvisées, électroniques, contemporaines et autres formes de musiques nouvelles entendues dans la baie de San Francisco ». De manière plus générale, le milieu de l’art s’intéressait de près à la radio sur le web.

Un art radiophonique numérique

Côté francophone, le début des années 2000 vit la naissance de plusieurs projets qui exploitaient les nouvelles ressources fournies par Internet, techniquement autant que conceptuellement : la musicale Radio WNE (2000), la scientifique Locus Sonus (2004), l’expérimentale Apo33 ou la visuelle Radiolist (2006) testaient la performance audionumérique ainsi que la production et la diffusion en réseau. En 2004, venait au monde Cannibale Caniche, « association collégiale promouvant la musique libre de droit » et si proche de WNE qu’elles se regrouperaient en 2006 sous le nom de KKWNE et animeraient une webradio déjantée, des archives audio roses fluo clignotantes, et un forum aussi central dans les musiques expérimentales que celui du Netophonix dans la sagasphère. En 2005, l’Atelier de création sonore et radiophonique de Bruxelles inaugura Silence Radio, un « espace radiophonique d’écoute partagée » notamment porté par Irvic d’Olivier et visant à « la mise en lumière d’œuvres et d’artistes qui témoignent d’une qualité d’écoute et qui explorent toutes les potentialités de l’expression radiophonique ». Elle durerait jusqu’en 2012 et deviendrait, au même titre qu’Arte Radio, une référence en termes de création francophone.

Encore en 2005, le festival Longueurs d’ondes ouvrait depuis Brest sa première webradio, Ousopo – la seconde, Oufipo, arriverait en 2010. D’autres radios de festival éclosaient, à l’instar de Radio Pothu. Toujours en 2005, la revue artistique et théorique Critical Secret, qui changeait de format à chaque parution, lançait son n°15 sous forme d’un Podcastoamême conçu par Aliette G. Certhoux, David Christoffel, Simon Guibert, Arthur Guibert et André Lozano. Un podcast unique, régulièrement renvoyé avec une date récente dans le flux RSS pour remonter dans les nouveautés d’Itunes, et qui entendait « porter une idée du podcast en même temps que faire un podcast », selon David Christoffel : « Simon Guibert faisait à l’époque des Sur les docks pour France Culture et je travaillais pour France Musique, et à travers cette expérience, nous voulions exploiter éditorialement la valeur ajoutée du podcast comme dispositif technique. Par exemple, le différé présente un avantage certain pour faire l’interview d’une voyante4 ».

Ras le bol de Martial Le Carrour, primé au festival Longueurs d’ondes en 2008.

« Flame édito », par Aliette G.Certhoux et Simon Guibert dans le Podcastoamême de Critical Secret.

David Christoffel se souvient des ardents débats théoriques que l’émergence du son en ligne suscitait alors au sein du petit milieu de la création sonore : « L’idée sous-jacente était que le podcast inventait le délinéaire. Nous nous étions beaucoup appuyé·es, à l’époque, sur un rapport d’Anne Coutard, et nous théorisions la séparation entre programme de stock, correspondant à de la radio élaborée, et programme de flux, de mauvaise qualité. » Et de conclure en riant: « Quand nous avons vu arriver les bulletins météo en podcast, nous avons compris que nous nous étions trompés. » Les supports et modes de diffusion sonores se montrant décidément rétifs à toute catégorisation, on pourra néanmoins trouver des radios de flux très créatives et des podcasts météo qui ne le sont pas moins.


Une création d’Ann Rioult en 2006.

La malle aux trésors du web audio


À compter de 2006, Arte Radio mit en place une plateforme d’audioblogs, proposant un hébergement ouvert et gratuit de fichiers audio : « L’ambition des audioblogs d’Arte Radio est d’être à la communauté de la création sonore et radiophonique l’équivalent de MySpace [créé en 2003, en déclin à partir de la fin des années 2000] à la communauté des musiciens. (…) C’est aussi pour nous une manière de repérer des écritures et de découvrir de nouveaux auteurs pour Arte Radio5. » Les audioblogs se mirent ainsi à accueillir nombre d’autoproductions francophones, créations en solo (mention spéciale au parfaitement iconoclaste steaks-mémoire de François Ducottet, disparu dans une refonte de la plateforme), ateliers radios scolaires, monomanies, travaux sonores de compagnies théâtrales, expérimentations collectives, archives d’émissions de radios associatives et même un Ouvroir de radiophonie potentielle (OuRaPo)… Les audioblogs d’Arte Radio ne constituaient cependant pas, loin s’en faut, les premiers sites personnels de diffusion sonore en France – ils représentaient en fait une première offre non commerciale d’hébergement centralisé (Soundcloud arriverait en 2007, Bandcamp et Mixcloud en 2008). Dès 2001, notamment, l’artiste sonore Yannick Dauby ouvrit son site Kalerne, à la fois plateforme de créations sonores et de ressources écrites sur le field recording.

La sagasphère non plus n’avait pas attendu les audioblogs pour poursuivre sa croissance exponentielle et souterraine. Parmi les très nombreuses fictions produites à l’époque, on évoquera par exemple Les yeux de l’ange bleu (2001) et Baefwishes (2002) d’Antoine Rouaud (dont la radio associative nantaise Prun’ diffusait, fait notable, les créations, et que nous retrouverons plus tard dans le collectif Audiodramax), Reflets d’acide de JBX et Adoprixtoxis de Nico et Matt en 2002, La Taverne de Kadelfek de Blast en 2004, Les Enquêtes de Nathaniel Monde de Rowlan Adams en 2005, Chez le psy par Le Mago et Yond en 2006.

Le web audio s’apparentait à une malle aux trésors, à un grenier foutraque, à un musée d’art spontané. Côté amateur toujours, on notera l’existence à partir de 2003 d’un blog personnel de field recording : Le son du jour, sur lequel Jean-Charles Baudot postait quotidiennement des captations « pour faire partager aux “audinautes” (auditeurs/internautes) ma sensibilité aux paysages sonores, aux petites musique de la vie… ». L’on pouvait aussi bien aller écouter le brame des cerfs sur le blog de Noémie. Certains, comme le Wu-M-P, proposaient des mixtapes musicalo-politiques contre Sarkozy et son monde. D’autres postaient des trouvailles improbables, comme cette version française de La Guerre des mondes du Mercury Theatre on the Air diffusée sur le CD publicitaire d’une banque.

Les émissions de radios associatives, quant à elles, suppléaient à l’absence fréquente de podcasts sur le site de leurs stations en mettant en place des sites dédiés. Outre la Salle 101 de Fréquence Paris Plurielle en 2003 ou Les amis d’Orwell de Radio Libertaire en 2006, que vous avez peut-être ratées dans les notes de bas de page de la 1ère partie de cette histoire, on citera par exemple Histoires d’ondes, émission de création de Jet FM (la vraie) ou encore Rock’n roul, chronique musicale d’Olivier Minot, d’abord sur Tropique FM, et qui s’orienterait plus décidément vers la critique sociale à l’occasion de son déménagement sur Radio Canut. Quant aux auditrices et auditeurs de France Culture, elles et ils s’échangeaient les archives numérisées, comme au bon vieux temps de cassettes, à travers le groupe privé ANPR (À ne pas rater)6.

La croissance du podcast indépendant

« Astraudiologie », un épisode du podcast Ma Parole de Désiré Beladonne en 2005 (archives Podshows).

La grande visibilité que le podcast étatsunien avait acquise après l’introduction du RSS et l’insertion d’une banque de podcasts dans le logiciel musical Itunes (voir 1ère partie) occasionna dès 2005 l’éclosion d’une multitude de podcasts indépendants en France. Walter Proof de l’Inaudible fut un auditeur et producteur compulsif dès la première heure (six émissions distinctes, trois webséries, des vidéos, des chroniques, des musiques et autres volumes…) : « Les tous premiers podcasts francophones donnaient à entendre essentiellement des gens qui racontaient leur vie ou qui parlaient de technologies. » Ainsi, parmi bien d’autres, du PCC (le « podcast de la cabane au Canada ») de Pierre Journel (qui continue aujourd’hui, sous forme vidéo, avec La Chaîne guitare), de Comme ça au Japon de Kenji, du Podcasteur de Bertrand Lenotre (« le magazine audio du blog en podcasting »), du Pauv’cast de Pierre Fosco et Cyrille Galliné (« le podcast des loosers qui font de la radio à la maison », archivé ici), du Déclencheur de Benoît Marchal (archivé là, plus tard devenu payant) ou du Bazoocast d’Henry Michel (archivé là). Sans oublier l’unanimement loué Ma parole de Désiré Beladonne (archivé là) et le Joyeux Bordel de Loula Noname.

Béa, également amatrice de podcasts dès la première heure et qui a ensuite lancé des outils d’agrégation pour faire connaître « des audios insolites, déjantés, uniques » (elle poursuit aujourd’hui ce travail de veille, ici pour la musique et là pour les cultures), se souvient de la présence des femmes : « Il y avait notamment le podcast de Justine Miso7, qui racontait des histoires sexuelles, ou L’avarie des viandes, un podcast canadien d’Albertine Bouquet. Les canadiennes et canadiens étaient en avance sur les français et françaises dans le domaine du podcast8. » Et Béa de tirer des liens vers des pratiques autres que sonores à l’époque. Côté minoritaire, les blogs BD et les expérimentations vidéo : « Il ne faut pas oublier Miss Trash en l’an 2000, qui a fait une vidéo chaque jour, année bisextile, donc 366 vidéos. Sacrée performance. » Et côté mainstream : « On était en plein succès du blogueur politique Loïc Le Meur et que la plupart voulaient faire des trucs comme lui. » – et le tançaient d’ailleurs vertement de se montrer en retard sur le terrain sonore : « Loïc ce qui est dingue, c’est qu’on dirait que tu découvres à peine le podcasting. », lui assenait ainsi le 29 juin 2005 Julien Van Caneghem depuis sa plateforme de « promotion du Podcasting » France Podcast9. On n’ose imaginer comment il considèrerait celles et ceux qui ont mis une bonne dizaine d’années de plus.

Les thématiques de prédilection du podcast se mettaient en place : de cette période datent en effet les premiers podcasts d’anticipation (quoique technocritique à l’époque) comme le Journal du futur, scientifiques comme celui de Futura Sciences, de cuisine comme Caviar et ravioli ou Pomme gourmande, érotiques comme SexoPhonic, de musique comme Sanguine (archivé ici) ou le Grand Bazaar Bernard Grancher, toujours en cours. Si vous en voulez encore d’autres, écumez donc les archives de l’époque salutairement conservées par Podshows sur archive.podshows.fr. Et pour vous plonger dans l’ambiance de l’époque, allez donc lire l’article (français, comme son titre ne l’indique pas), « Podcasters have ressuscitated the radio star », où Matoo publiait en 2005 ses critiques d’une liste de podcasts en vogue, sous lesquelles les commentaires indiquent décidément que le débat tourne en rond depuis 13 ans.

« Le dernier podcasteur » par Bertrand Lenotre aka Le Podcasteur.

Le premier podcast de Futura Sciences, le 18 janvier 2006.

Le son s’étant égaré dans le passé, voici le logo de feu le Journal du futur.

Le Grand Bazaar Bernard Grancher n°106, en juin 2015.

Annuaires, forums, critiques

Le repaire des fictions d’il y a 12 ans.

Le premier numéro de Pod Mag, sur France Podcast en juin 2005.

Podcast #8 de Thygo, où il explique comment il a découvert le podcast, en janvier 2006.

Logo du Groupe des podcasteurs francophones.

Dès le milieu des années 2000, des efforts de structuration et de coordination de la production sonore francophone sur le web existaient déjà. Ils se répartissaient néanmoins en trois grandes chapelles qui s’ignoraient splendidement : la sagasphère, le podcast indépendant, la création sonore. Profitons de cette histoire pour les mélanger un peu. Les ancêtres de Radiotips, des Moissonores, du Poditeur ou de François TJP (des annuaires, encyclopédies et sites de veille actuels sur le podcast) se nommaient L’antre du mp3 (« critiques et news des diverses sagas mp3 »), Podcast Première (« site communautaire francophone dédié au podcasting »), Nazegoule (le « portail de référence » des jeux de rôle et sagas mp3 en 2006), Sonoris Causa (des créations sonores glanées sur le web par l’infatigable arpenteur sonore Gilles Malatray, qui officie maintenant sur desartsonnants), Le Fil de l’eau de Thygo (une sélection hedomadaire de podcasts), Le Podauditeur (sur « les coulisses de ce qui promet de devenir un média d’avenir… j’ai nommé le podcasting… ») et Podemus (fondé par Bertrand Lenotre, cet « annuaire de podcasts audio et vidéo classifié en plus de 100 catégories » proposait également un service d’hébergement payant de podcast). Télérama publiait depuis 2001 des podcasts de critique en même temps que des critiques de radio (beaucoup) ou de podcasts (un peu), Antoine Blin lançait un blog de sélections et de zappings radiophoniques hébergés par le journal Le Monde, Un monde de sons, et Hervé Marchon écrivait des critiques sonores ou produisait des reportages audio quotidiens pour Libération. Les aïeul·es du Podcastore, de Podcastorama ou de notre Revue des podcasts (des podcasts sur les podcasts) s’appellaient Pod Mag ou Rendez-vous Création. Quant à Podcastéo (qui propose un annuaire et un classement, mais constitue aussi réseau d’entraide réunissant une trentaine de podcasts indépendants), il pourra reconnaître son père dans l’éphémère GPF, Groupe des podcasteurs francophones, fondé par Désiré Beladonne en 2005.

Ultime couronnement de ce podcast de la première vague : en septembre 2005, le site de Guim, un autre podcasteur prosélyte du tout début, mettait fièrement en ligne le « Palmarès des Podcasts d’Or de la langue française ». La compétition, qui serait reconduite jusqu’en 2008, avait été annoncée comme un « concours de podcasting esthétique » présenté comme suit : « Élire le meilleur podcast sur les critères suivants : Ton ; Rythme ; Vitesse d’élocution ; Musicalité ; Compréhension ; Originalité ; Mise en forme (montage, mixage) ; Style ; Grammaire ; Qualité du podcast (fichier, encodage) ; Durée (Si vous pensez à d’autres critères intéressants à retenir, merci de l’indiquer en commentaire ;-) ). Le contenu (sujet) du podcast n’a pas d’importance et n’est pas un critère pris en compte dans ce concours. Vous pouvez parler de ce que vous voulez. Ce n’est pas le fond qui nous intéresse mais la forme. Comme une maquette pour un magazine, une interface pour un site web, une pochette pour un CD… » Dès le mois de novembre 2005, un aficionado s’interrogeait néanmoins : « Le podcast amateur n’a-t-il pas fait long feu ? » En cause, l’arrivée dans le « top 100 » d’Itunes, d’une part de plus en plus importante d’émissions de radios (et même télévisions) nationales. Un agacement que l’on retrouve à l’identique aujourd’hui, émanant de podcasteurs et podcastrices de la deuxième vague face à la sur-représentation des rediffusions de Radio France (notamment) dans le classement d’Apple10. Et en 2007, l’Observatoire des médias de se demander à l’occasion du lancement de Libé Labo, si tout cela n’était pas franchement « dépassé ».

Deuxième vague: 2007 – 2015

Sagasphère et podcast s’organisent

Quoiqu’il se montre parfaitement impossible de recenser toute la production française entre 2007 (fin de la période pionnière) et 2015 (juste avant l’arrivée conjointe de plusieurs fournisseurs professionnels), tentons un panorama. Dans la sagasphère, trois faits notables : l’émergence d’un forum centralisé, de webradios et de collectifs de création. Le forum, c’est celui de l’incontournable Netophonix (« tout sur les sagas mp3 »), toujours très actif aujourd’hui, et qui à partir de 2007 se mit à réunir en un seul lieu non seulement les discussions jusque là éclatées sur les sites des différentes sagas, mais une abondante documentation via le Netowiki. Au-delà de ces fonctionnalités explicites, le Netophonix permit d’affirmer plusieurs caractéristiques de la sagasphère, qui en font toujours maintenant une actrice précieuse de l’écosystème de la création sonore francophone : son ouverture d’esprit, sa simplicité d’accès et sa volonté de créer des passerelles. Les webradios issues de la sagasphère allèrent dans le même sens : également née en 2007, Synopslive fut initialement liée au site de la saga Reflets d’acide de JBX et à son forum, mais ne s’y restreignit pas. Elle opéra ainsi jusqu’en 2015 de premiers croisements entre sagas mp3 et podcast indépendant, puisqu’on pouvait y écouter aussi bien une émission d’actualité sur les premières qu’un programme sur les « cultures numérique » ou sur la fabrication du son. Plusieurs programmes se poursuivirent sur les serveurs de son ancienne partenaire, Radio Kawa, créée en 2013 et qui se définissait quant à elle dès le départ comme « généraliste ». Entre 2014 et 2017 a également existé Radiosphère, davantage centrée sur l’univers des sagas mp3. Ajoutons à ces webradios deux blogs de critique et de veille par écrit : le MacP3 (« toute l’actualité des sagas mp3 »), accompagné de son MagP3 et de ses archives de sagas, ainsi que le Nid de Johnny (« chroniques sagasphériques ») et, à partir de 2015, le Weekly MP3.

Logo du Netophonix.

Synopslive en direct des Joutes du Téméraire en 2010, avec plusieurs figures de la sagasphère.


Une pastille de la série Le mp3 c’est cool, commencée par Cédric « Latnel » Chalvet en 2008.

La période se vit également marquée par la naissance de plusieurs collectifs de création. Si toute saga mp3 implique de facto une équipe (pour jouer les divers personnages et assurer les différentes étapes techniques de la production), certain·es décidèrent de franchir une étape supplémentaire en mutualisant outils et compétences de façon plus systématique, au sein d’un pôle éditorial spécifique. Ainsi, par exemple, de la Team Javras, du domaine Mayogond, des Wave’s Avengers ou de Belisair House. On citera à part le collectif Audiodramax, réunissant Antoine Rouaud, David Uystpruyst, Jean-Yves Belgiglio et Cédric Chalvet, puisque le groupe eut dès le départ un pied dans la sagapshère (plusieurs de ses membres y participant) et l’autre en dehors, du côté de la création radio et du design sonore11. Enfin, les deux pieds en dehors de la sagasphère, apparut en 2014 le feuilleton fictionnel Le cacao qui tue (un hommage au Gruyère qui tue de feu Signé Furax), qui reçut une publicité certaine de par son usage du son binaural.

Du côté des émissions parlées conçues directement pour le web, l’ébullition blogosphérique se poursuivit lors de cette deuxième vague et plusieurs fournisseurs centralisés firent leur apparition. Kikrine lança son programme Une fille un podcast : comme son nom l’indique, de l’actualité et de la critique de podcasts, faites par une fille, ce qui changeait de l’univers très masculin de la production sonore de l’époque (et toujours d’aujourd’hui). Pour rester dans les voix féminines, on citera Les lyonnes de la SF, une émission autour de la SF. Poursuivons le tour d’horizon par anadiplose thématique : également sur les littératures de l’imaginaire existait dès 2007 Utopod. La science sans fiction faisait également parler d’elle, avec le Podcascience, et les nouvelles technologies se montraient déjà très présentes avec, entre autres, L’apéro du Captain. Le collectif noir militant Cases rebelles commença à mettre en ligne une émission mensuelle en 2010, annonçant les podcasts d’afrodescendant·es qui écloraient six ou sept ans plus tard (à l’instar du Tchip, de Piment ou d’Exhale). Et puis il y avait de la musique, avec Rollin’ John, les contes pour enfants, avec Aldoror, et les mixs inclassables et maintenant introuvables du Sot (le Sound of Tout). Notons également que les universités populaires commençaient à investir le web comme centre de ressources, à l’instar de celle de Lyon, ainsi que des sites de littérature audio gratuite.

Une partie du podcast, indépendant ou non, commençait à marquer une volonté de professionalisation. Le contenu demeurait très majoritairement gratuit et bénévole, ouvrait toujours les micros à de nouvelles voix, de nouvelles façons de faire et de nouvelles thématiques, mais sur le plan de l’organisation et sur celui de la technique, visait à devenir aussi – voire plus – efficace que celui des grands médias. Certaines tentatives échouèrent rapidement, à l’instar du regroupement commercial Nowatch, de 2010 à 2013, ou de la « communauté de podcasts » Freepod de 2011 à 2014. D’autres firent plus long feu : de 2007 à 2014, Libé Labo, dirigé par Florent Latrive, animé par Hervé Marchon et Marc Quattro, eux-mêmes formés en amont par Silvain Gire et Christophe Rault, poursuivit ses créations audio (et de plus en plus vidéo) en toute « indépendance vis-à-vis de la rédaction papier »12. Ensuite la production se raréfia, faute de modèle économique. Diverses structures plus pérennes – et quant à elles bénévoles – apparurent. Outre Radio Kawa, déjà citée : en 2012 la « petite maison de production de podcasts » Qualiter avec Studio 404, une émission présentée par Lâm Hua et centrée sur l’impact des nouvelles technologies sur la société ; en 2013 Fréquence Moderne portée par Antoine Piombino et Greg Cook, qui n’a, de façon intéressante, pas de site propre (se contentant des réseaux sociaux ou des outils de syndication de podcasts), et dont les émissions phares sont 2 heures de perdues et Culture 2000 ; puis, fin 2015, Riviera Ferraille, sous la houlette d’Henry Michel, podcasteur de la première heure et figure centrale de l’émission Riviera Détente. En 2009 émergeait par ailleurs le RDV Tech de Patrick Béja, qui s’était déjà essayé au podcast depuis 2006. Le succès de cette nouvelle émission lui permit en 2014 d’envisager un financement participatif suffisamment solide pour qu’il abandonne son ancien travail et s’y consacre entièrement, de la même façon que John Lang dans les années 2000 (voir la partie 2). Il se revendique aujourd’hui comme « le seul podcasteur professionnel en France ».

« Table ronde sur le podcast, février 2018 », émission spéciale #25 de Radio Kawa.

La FM débordée par ses émissions

Côté radio, de grosses stations hertziennes commençaient quant à elles à exploiter le podcast dit « natif » : dès 2008, Pure FM, une antenne de la RTBF (radio publique belge), commanda ainsi à une autrice, Valérie Nimal, une série de « nouvelles radiophoniques » sur le web. Ces Minutes célibataires, aussitôt finies, furent transformées en livre. Cet exemple, néanmoins, demeurait isolé. Les auditrices et auditeurs du service public français avaient par exemple dû mettre en place leurs propres aspirateurs à émissions de France Culture, France Inter et France Musique. La vitalité et l’invention venaient par ailleurs du milieu associatif et indépendant. Si les radios libres mirent souvent quelque temps à proposer l’intégralité de leurs programmes en podcast, leurs émissions prirent régulièrement les devants, mettant en place des sites dédiés où retrouver leurs archives. Ainsi, parmi cent autres, de Lo-fi stories (Radio Panik), Zones d’attraction (Radio Libertaire), Zapzalap (Radio Campus Lille) ou du duo Faïdos sonore. La facétieuse Radio Mulot, qui défraya la chronique nantaise en piratant sa bande FM pendant dix ans13, poursuivit à compter de cette époque ses péripéties sur Internet.

Comme dans la sagasphère ou le podcast indépendant, le web permit là aussi de constituer des outils collectifs. En 2007, le Reposito autonome, qui spécifiait en entête « ceci n’est pas un site web », mit ainsi en ligne des documentaires radiophoniques du collectif Lames-de-son et d’autres curiosités comme un Chaos de Noël, docufiction sur une émeute14. La même année, la plateforme Afriradio se lança pour mettre en commun des émissions de radios locales portant sur l’anticolonialisme et/ou sur l’Afrique. En 2009, une « nébuleuse d’émissions de féministes, de meufs, de gouines, de trans et de femmes » inaugura le site Radiorageuses, toujours très actif actuellement ; et divers programmes de radios libres réunirent sur Sons en luttes les reportages, entretiens et documentaires autour des luttes sociales. Les équipes investies sur les radios associatives, indépendamment des choix institutionnels et éditoriaux de leurs antennes respectives (parfois tout à fait en accord avec les leurs, parfois plus pondérés), purent ainsi nouer des liens plus concrets, diffuser mutuellement leurs programmes et en produire en commun – aboutissant par exemple à des webradios temporaires pour les Radiorageuses. Dans l’esprit des activistes du web des années 1990 (voir la 2e partie), enfin, des webradios engagées virent le jour, comme celle d’un squat genevois, Radio Usine, avec sa longue et inventive émission de critique sociale De bruit et de fureur.

Terminons ce tour d’horizon de la deuxième vague du podcast francophone par la création sonore, où fleurissaient également les collectifs et webradios. Ainsi, à Lorient en 2008, la Compagnie des ondes s’initiait pour « explore[r] de nouvelles formes radiophoniques, visant à dépasser les cadres et les codes traditionnels ». Elle proposa d’abord des programmes uniquement en ligne, lança plus tard Péristome, son étonnant « fanzine sonore numérique », pour finalement, disruptant par la FM la disruption podcastique, contribuer au lancement il y a tout juste un an d’une radio associative sur le 99.8 MHz du coin, Radio Balises15. Également au croisement de la FM et du web, le Bruitagène vit le jour en 2009 à Nantes : « Nous, groupe informel d’idéalistes désorganisés, nous prenons au jeu d’être notre propre média ». En 2011 s’ouvrait Le Frigo, une webradio de « projets unitaires ou émissions mensuelles, expérimentations sonores, créations bizarres ou poétiques ». Et en 2012, ce fut au tour du « musée sonore en ligne » Sonosphere, où l’on peut notamment retrouver des créations primées par l’association Phonurgia Nova, aux côtés de collections assemblées par la radio publique allemande Deutschlandradio Kultur et la chaire Radio expérimentale de la Bauhaus-Universität Weimar. Parmi les initiatives d’artistes, on signalera la dystopique Radio Tchernobyl de Pascal Rueff (2007), la « radio de création en streaming » Websynradio de Dominique Balaÿ (2009), la poétique Radio Marelle de Pierre Ménard (2010), la « somme variable d’unités radiophoniques » *DUUU (2012), sans oublier la polymorphe Phaune Radio (2013) imaginée par l’équipe qui avait fomentées les Nuits de la phaune sur Radio Grenouille en 2008. De leur côté, les audionaturalistes, tout en développant leurs sites personnels (Naturophonia de Fernand Deroussen, Promeneurs écoutants de Marc Namblard et Olivier Namblard, Sons nature), mirent en place le site collectif Sonatura, désormais très ralenti. Pour compléter, voir nos articles sur les constellations actuelles de la création en ligne.

Péristome n°5, « Haut les coeurs » (La Compagnie des ondes).


Une création d’Anaïs Denaux du Bruitagène pour Fair_Play #2, mettant en valeur le travail d’artistes se reconnaissant comme femmes ou trans, 2018.

« Avis de recherche #1 » de Radio Tchernobyl en mars 2007.

« Cordyceps Sciurus », les Nuits de la Phaune, Voix-mots, Phaune #7. Image par les Nuits de la Phaune.

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Conférence de Julien de Podcastéo sur « Le podcast et les tendances actuelles » lors de la convention MP3@Paris de juin 2018.

 

Affiche du Third Coast International Audio Festival en 2016.

Durant cette période, les interconnections entre sagasphère, podcast indépendant et radio se firent heureusement plus nombreuses. Divers festivals, d’abord, permirent de favoriser les échanges entre les différents milieux de la production sonore. En 2010, les Joutes du Téméraire, festival du jeu (de rôle, vidéo, de cartes, de plateau, de figurines) de Nancy ouvrait ainsi un pôle dédié aux sagas mp3. En 2012, le festival Les Radiophonies, ancré du côté radio, comme son nom l’indiquait, créa un prix Netophonix pour mettre en valeur la création amatrice de fictions sonores. En 2014, l’association Bad Geek, proche quant à elle du podcast indépendant, notamment technologique, mit en place en 2014 Podrennes, où les plateaux accueillaient indifféremment producteurs et productrices de sagas ou d’émissions parlées. Un membre de la sagasphère, Phil_Goud aka Thomas Forest, pilote par ailleurs depuis 2011 avec quelques acolytes un véritable couteau-suisse du podcast francophone, l’association Podshows. Cette dernière met à disposition aussi bien des astuces utiles à tou·te néophyte (par exemple : comment écouter un mp3 à travers… le lecteur radiocassette de votre vieille voiture) qu’une webradio dédiée aux podcasts et musiques libres, Podradio, ou, last but not least, Podcloud, un outil pour faciliter le podcast du côté auditrices et auditeurs comme du côté producteurs et productrices (à la fois annuaire, plateforme d’écoute et fournisseur de flux RSS).

[Avertissement : le paragraphe qui suit présente des conflits d’intérêts parfaitement établis.] Pour ce qui est de la veille, émergèrent deux sites trouvant leurs origines dans le milieu radiophonique mais visant à créer des passerelles avec les autres sphères de la production sonore. Étienne Noiseau fonda Syntone en 2008 pour proposer un suivi de l’actualité et une critique de la création radiophonique et sonore (chronique inaugurale ici). Un an après, je lançais avec l’appui de quelques ami·es de radios libres le portail du Perce-oreilles, qui recensa jusqu’en 2017 ce que bon lui semblait, à savoir « la critique sociale, les émissions déjantées, les cultures minoritaires ou les sons qui aiguisent les oreilles ». [/Fin des conflits d’intérêts]

Pour finir, faisons une double brèche. Brèche chronologique, pour évoquer deux initiatives créées en 2016. L’une notamment (mais pas uniquement) par Le Bruitagène : la bien nommée Utopie sonore, « résidence collective ouverte de création radiophonique », créant des passerelles entre saga, podcast et radio. L’autre à l’initiative de Richoult de la Team Javras : la convention MP3@Paris, s’attachant à tisser des liens étroits entre sagasphère et podcast indépendant. Brèche géographique, pour saluer quatre ressources au long cours à l’international. Le site Mediateletipos, d’abord, qui à compter de 2004 se mit à conserver et à faire fructifier « la mémoire de l’art sonore en Espagne ». L’irremplaçable blog de Continuo, ensuite, qui à partir de 2007 dénicha des sons improbables et en faisait des mixs. Troisièmement, le webzine Radioimaginamos, qui assura de 2009 à 2017 une veille et une critique sur les créations hispanophones. Le Third Coast International Audio Festival, enfin, qui depuis 2001 sélectionne et diffuse des créations essentiellement anglophones, notamment à travers son podcast mensuel Re:sound.

Conclusion : oubliez tout ce qui précède, le podcast est fait par son public

« Radio à la demande », disait Arte Radio à ses débuts, c’est-à-dire : radio faite par ses auditrices et auditeurs. Nous proposons, vous piochez. Nous découpons des sons « prêts à écouter », vous composez votre liste d’écoute. La directrice, le directeur des programmes, c’est vous. Si la mise à disposition d’une bibliothèque sonore sur Internet se montrait de facto plutôt rare à l’époque, encore faut-il nuancer, là aussi, la libération supposée du côté de la réception. Nos lointain·es ancêtres du 20ème siècle se fabriquaient également leur programmation acoustique personnelle, sans rester passivement pendu·es à un unique et immuable flux hertzien : il suffisait de tourner la molette ou bien d’éteindre le poste pour allumer le gramophone, la platine vinyle, le magnétophone, le lecteur CD ou même pour sortir écouter le chant du rossignol dans le jardin. La surabondance actuelle fait d’ailleurs figure de miroir aux alouettes : nous n’avons pas le temps d’écouter le centième de ce qui est à notre disposition – nos aïeul·es ne l’avaient en fait déjà plus en 1930, quand il existait non seulement plusieurs stations de radio, mais divers éditeurs phonographiques.

Surtout, à l’heure de la troisième vague du podcast francophone, la ritournelle sur la délivrance des auditrices et auditeurs recouvre en fait une spectaculaire centralisation de leurs usages : au lieu d’aller choisir sur différents supports et en différents lieux les objets de leurs écoutes, elles et ils se trouvent maintenant incité·es à n’utiliser plus que certains outils, notoirement friands de données sur la façon dont ils sont utilisés (que ce soit le terminal lui-même, les logiciels de lecture audio ou les plateformes mettant des sons à disposition). En somme, une émancipation en bon ordre, très rationalisée et servant des intérêts bien compris – ceux des fabricants de nouvelles technologies, des publicitaires, mais aussi des gros diffuseurs. La quantification précise de l’écoute que permet le podcast transforme ce dernier, selon les termes de l’ancienne productrice de France Culture Irène Omelianenko, en « outil de gouvernance » : dans la Maison ronde désormais (comme, ajouterons-nous, chez ses concurrent·es ou partenaires), « le podcast est un intrument de validation de la performance ». Au lieu de quoi, conclue-t-elle, « mieux vaudrait un laboratoire d’essai »16.
De la « radio à la demande », nous voilà arrivé·es à la radio de l’offre et de la demande : une sorte de régulation par l’oreille invisible, censément neutre, du marché sonore. « Si ça ne fait pas de chiffres, c’est que ça n’est pas bon. », serine-t-on du haut des buildings, en occultant volontairement l’étroitesse grossière de l’évaluation quantitative, la possibilité d’un rôle didactique de la diffusion et la nécessité vitale de l’expérimentation. À nous, alors, en hybridant nos écoutes, en leur faisant prendre des chemins de traverse, en les rendant résolument indisciplinées, curieuses et créatives, de continuer à faire vivre les cabanes, les maisons communes et les zones à défendre de la production sonore, et à bâtir des passages entre elles.

Robert Moran, « Cat With Headphones », 2011, CC by

Un grand merci à Béa, Walter Proof, Blast, Alexis Malbert, Nelly Flecher, Fabrice Lextrait, François TJP, Fanny Quément, David Christoffel, Sylvain Quément, Étienne Noiseau, pali meursault, Irène Omelianenko, John Lang, Olivier Minot, L.L. de Mars, Philippe de Jonckheere, EricW, koantig, RastaPopoulos et Hervé Marchon, dont les souvenirs ont permis de reconstruire ce paysage sonore.

Article modifié le 11/07/18 pour ajouter les liens vers les archives conservées par Podshows + des précisions concernant l’Inaudible, Télérama et Libé Labo.

À lire sur Syntone :

Notes :

1 Laurent Courau, « Silvain Gire “Arte Radio” », 16 novembre 2003.
2 Estelle Dumout, « Silvain Gire : “Arte Radio veut être le MySpace de la création sonore et radiophonique” « , 9 janvier 2007.
3 Phoebe Hobanmay, « ART; Radio Free TriBeCa », New York Times, 23 mai 2004.
4 Entretien avec David Christoffel le 2 juillet 2018. Lire à ce propos son article pour la revue Radiomorphoses n° 2 (2017), « Utopies délinéaires. Illusions économiques et potentiels poétiques de la radio en interface » [PDF].
5 Dumout, « Silvain Gire : “Arte Radio veut être le MySpace de la création sonore et radiophonique” « , op. cit..
6 Lire à ce propos « Les auditeurs de France Culture », par Étienne Noiseau en 2010 http://syntone.fr.
7 Avec un site, aujourd’hui inaccessible, à l’url originale : http://justine.miso.entierement.nu/.
8 Email de Béa le 6 juin 2018.
9 Pour celles et ceux qui veulent suivre ce clash d’il y a 12 ans, la réponse de Loïc Le Meur. S’il n’était pas un fervent auditeur, le blogueur avait néanmoins son propre podcast depuis 2004.
10 Lire à ce propos Samia Basille, « Pourquoi les podcasts indépendants sont (presque) invisibles » le 28 février 2018, sur Radiotips.
11 On se gardera bien, cependant, de tracer la frontière entre une sagasphère nécessairement potache et la création radio de facto sérieuse. En témoignent de nombreuses sagas à l’univers sombre et très produites, comme Kaïros d’Horine ou ADN 2082 de François TJP.
12 Email d’Hervé Marchon le 11 juillet 2018.
13 Véronique Escolano, « Les mystérieux pirates de la radio s’expliquent », 27 septembre 2013.
14 Lire à propos de ce Chaos de Noël l’épisode 7 de « Quand la radio trompe l’oreille : petite histoire des faux-semblants radiophoniques », par Juliette Volcler dans notre Revue de l’écoute n° 10.
15 Lire « La Compagnie des Ondes ~ De la production sonore à une « vraie radio » : Radio Balises » par Étienne Noiseau le 1er septembre 2016.
16 Entretien avec Irène Omelianenko le 11 avril 2018. Irène Omelianenko vient tout juste de quitter France Culture, où elle dirigeait ces derniers mois l’émission de portraits Une vie une œuvre, ainsi que l’un des rares créneaux de création sonore véritablement multiforme maintenus sur la radio publique, Création on air. Ironie du sort, la toute dernière émission n’a pas pu être diffusée – produite par Eric la Casa, elle était consacrée… à l’inaudible.

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