WFMU : freeform for ever

Le 9 mars 2014 s’achevait le marathon annuel de financement de WFMU. En deux semaines, la petite station du New Jersey a récolté plus de 1.200.000 $. Et les dons comme les messages de soutien viennent du monde entier. Syntone consacre tout un dossier à cette radio surprenante : son assistant general manager Liz Berg vous expliquera en quoi WFMU est un OVNI dans le paysage radiophonique étasunien et Andrea Silenzi vous ouvrira les portes de Free Music Archive, une immense bibliothèque sonore en ligne.

Proclamée plusieurs années de suite par le magazine Rolling Stone « la meilleure station de radio du pays », WFMU est avant tout la plus ancienne radio freeform encore en activité aux États-Unis.

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Une radio « freeform » ?

On pourrait le traduire par radio libre et, si ce terme rappelle l’effervescence de la libéralisation des ondes en France en 1981, c’est bien cet esprit de liberté, cette ouverture à l’expérimentation et l’absence de contraintes quelles qu’elles soient qui pourraient définir le freeform. Les animateurs et les DJs de WFMU ont la totale liberté de ce qu’ils diffusent, sans orientation de style musical ni aucune publicité, réservant aux auditeurs des découvertes sonores imprévisibles. Le flux de WFMU est composé des sensibilités colorées de centaines de bénévoles qui se relaient aux micros depuis 1994, date d’indépendance de WFMU quand elle se désolidarise de l’Upsala College, alors détenteur de sa licence de diffusion depuis 1958. Désormais financée en totalité par ses auditeurs, c’est « une station dont le nom est devenu un signe d’appartenance parmi une communauté de connaisseurs. Lou Reed, Matt Groening, Jim Jarmusch et Eric Bogosian s’en déclarent ouvertement fans » écrivait le New York Times en 1999. Le quotidien étasunien décrit WFMU comme une radio « où The Singing Dogs [littéralement, un groupe de chiens qui chantent] sont placés au même rang qu’Elvis. La seconde d’après, vous pouvez entendre la musique d’un rituel funéraire de Sumatra, la bande originale du film japonais Mothra, la formation de thérémines The Lothars et les improvisions de jazz intergalactique du Sun Ra Arkestra. » Un OVNI radiophonique qui débouche à coup sûr les oreilles formatées.


Hommage d’une auditrice pendant le Marathon

Avec des émissions phares comme Do or DIY par l’artiste sonore britannique Vicki Bennett (qui officie aussi sous le nom People Like Us), The Best Show on WFMU par le comédien Tom Scharpling ou les émissions du poète new-yorkais Kenneth Goldsmith, fondateur de la plateforme UbuWeb consacrée à l’avant-garde, WFMU est une station incontournable de l’underground radiophonique nord-américain, un espace effervescent d’expérimentations sonores. Tous les mardis soir, dans l’émission Antique Phonograph Music ProgramMichael Cumella diffuse de la musique du début du XXème siècle, enregistrée sur des cylindres et des disques plats à l’aide de machines datant de 1895 à 1925. En 2001 l’animateur Glen Jones faisait entrer WFMU dans le Guinness des Records en réalisant une performance de plus de 100 heures sur les ondes. Station ouverte à la musique live et la performance, le studio de WFMU accueille de très nombreux artistes, parfois célèbres, comme Jeff Buckley, Joanna NewsomKurt Vile ou Iggy Pop qui vomit sur un DJ pendant une interview.

… mais pas seulement une radio !

WFMU est également à l’initiative de Free Music Archive, la plus importante plateforme de musique publiée sous Creative Commons. Plus de 65 000 morceaux disponibles en ligne et utilisables à l’envi par des producteurs radio, cinéastes, enseignants… au pays du « copyright roi ». Un pied de nez de la radio freeform aux géants de l’industrie musicale.

Diffusée sur le 91.1 FM à New York et le 90.1 FM dans la Vallée de l’Hudson, WFMU s’écoute aussi sur le web depuis… 1997 ! L’attrait prononcé de WFMU pour les nouvelles technologies n’apparait pas tout de suite à l’auditeur qui se rend sur le site de la radio, dont le design et l’ergonomie contrastent avec une vision très avancée concernant les modalités de diffusion de la radio sur le web : les émissions sont archivées en ligne depuis 2000, le blog Beware of the Blog propose des pépites sonores en téléchargement, et en 2007 WFMU est la première radio au monde à diffuser via une application pour iPhone. Depuis 2008, les auditeurs acharnés peuvent aussi commenter en direct tous les morceaux diffusés à l’antenne et les marquer comme favoris. Il y a quelques semaines, WFMU offrait à ses auditeurs la quatrième version de son application iPad.

Freeform or Death, un documentaire sur l’histoire de WFMU réalisé par Tim K. Smith devrait sortir au printemps 2014. Mais pour découvrir WFMU, rien ne vaut de s’y frotter les oreilles et se laisser surprendre par sa programmation éclectique élaborée par une large équipe de passionnés. Et maintenant, un triple choix s’offre à vous :

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