Quand la musique électroacoustique rencontre la vi(ll)e

Comment transmettre notre passion de la création sonore et à qui ? Peut-on élargir le cercle des « initié·es » ? Pour la cinquième étape de la tournée des 10 ans de Syntone, la Cité de la musique de Marseille a accueilli notre proposition de travailler avec un groupe d’étudiant·e·s autour du partage d’écoutes. À l’issue de trois jours de recherche et de création plongés dans la ville, voici le résultat de cette expérience, présentée dans le cadre de l’événement Tintamarres #11 le 4 juin 2018.

Image créée par une auditrice, à l’écoute du dispositif d’un étudiant (© Marion Dussaussois)

Féru·es de création(s) sonore(s) et souhaitant avant tout la faire connaître au plus grand monde, cela fait dix ans qu’à Syntone, nous œuvrons à transmettre nos écoutes. Oui, mais comment les transmettre et à qui ? Tous les moyens sont bons à être expérimentés et nous nous sommes essayé·es à quelques-uns. L’écriture, d’abord, et ce n’est pas le moindre des chantiers : comment mettre des mots sur les sons ? comment transcrire leurs effets par des images textuelles ? Sans mode d’emploi, et alors que les ouvrages de référence sont rares, c’est une entreprise empirique, patiente, passionnante. Puis, tous ces mots passent par des supports de communication : un site web, des réseaux sociaux et, depuis 2015, une déclinaison imprimée trimestrielle, la revue de l’Écoute. Celle-ci nous a amené·es à élargir notre palette de modes de communication au domaine visuel : graphisme, illustration, photographie, récits dessinés. Plus récemment, nous avons lancé une forme audio de Syntone à travers un podcast, la revue des Podcasts. Mais enfin, seconde partie de la question : transmettre cela à qui ?

A priori, Syntone s’adresse à tout public. En pratique, nous touchons des professionnel·les des domaines du son, ainsi que de simples auditeurs et auditrices, et de plus en plus d’étudiant·es et même de lycéen·nes, à qui nous souhaitons faire connaître ces formes artistiques qui nous passionnent. Mais peut-on réellement toucher tout le monde ? Faut-il employer d’autres langages, d’autres moyens de communication ? Créer d’autres situations de rencontre ? La pratique collective sous la forme d’atelier pourrait en être une ; la prise de contact hors du cercle d’initié·es, une autre. Ce sont les deux voies que nous avons décidé d’emprunter avec un groupe d’étudiant·es en composition électroacoustique à l’invitation de la Cité de la musique et du studio de création Euphonia les 2, 3 et 4 juin 2018.

La musique acousmatique, dont sont familier·es ces étudiant·es, puise son inspiration partout dans la vie mais, comme de nombreuses formes de création sonore, elle se conçoit et se diffuse le plus souvent dans des lieux clos consacrés : le studio et la salle de concert. Et si nous cherchions à partager nos écoutes autrement ? Et si nous les faisions rencontrer la société d’une autre façon ? C’est ce que nous avons souhaité expérimenter sur ces trois journées. Les consignes données étaient :

  • Choisissez une ou plusieurs pièces acousmatiques (qui peuvent être de votre composition)
  • Déterminez un lieu, une situation où vous allez rencontrer des gens (cela peut être anticipé, vous pouvez prendre rendez-vous, nul besoin de créer un happening)
  • Optez pour un dispositif d’écoute (casque ou haut-parleurs) et la manière dont vous allez l’accompagner (vous pouvez être didactique ou non)
  • Réfléchissez à ce que vous allez demander à la personne et à comment vous allez collecter sa réaction

Les étudiant·es ont travaillé seul·es ou en binômes pour le tournage, puis individuellement pour la réalisation d’une pièce personnelle à partir de la matière collectée. Cinq pièces ont été créées, intégrant pour la plupart les compositions acousmatiques d’origine. La dernière étape du projet incluait de concevoir ensemble une restitution de l’expérience sous forme d’émission de radio.

Écoutez la restitution radiophonique, enregistrée par Radio Grenouille, le 4 juin 2018 à la Cité de la musique de Marseille.

Chaleureux remerciements à Déborah Repetto-Andipatin, Fred Large, Florence Rigou, François Wong, Jérémie Dessertine, Maxime Barthélémy, la Cité de la musique, Jean-Baptiste Imbert, Euphonia, Radio Grenouille.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.