L’homme qui sortait des collages de son chapeau

On découvre parfois des émissions de création radiophonique là où l’on ne pensait plus les chercher : sur France Musique. Chaque samedi de 16h à 17h, Clément Lebrun anime l’émission Le Cri du patchwork, à laquelle on n’attribuerait peut-être pas l’oscar radiophonique du meilleur titre, mais qui, sur le plan sonore, est des plus stimulantes. « Un collage, un montage, une zoologie sonore du monde contemporain sur un thème décliné en quatre émissions qui sonnent et résonnent », est-il annoncé sur la page de présentation. Et ces petites séries proposent chaque fois, de façon érudite et curieuse, de prendre de belles libertés par rapport à l’écoute sacrée des sons savants : on s’intéresse ici au bruit, aux applaudissements, à la réception et aux lieux d’écoute, tout autant qu’à la composition elle-même.

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Bob May, « Ascending Ears », CC by-nc-sa

L’émission est rythmée par trois grandes séquences : la « sonothèque », qui donne à entendre une brève sélection de pièces sonores sur une thématique donnée ; un entretien, qui fait réagir un⋅e musicien⋅ne à une œuvre de la fin du XXe siècle ; et un zoom sur une archive de l’INA. L’occasion chaque fois de créer des passerelles entre musiques classique, contemporaine, concrète, électroacoustique, pop ou – surtout – inclassables. Après avoir exploré les notions de silence et d’espace, l’émission s’intéresse en ce moment à la question de l’écoute – et donne ainsi à entendre des créations autour des pierres, un bel échange avec Michel Risse de la compagnie Décor sonore qui anime des représentations autour de l’histoire du son, sur la participation des auditrices/teurs au processus de création, suivi d’un essai historiographique sur Presque rien n°1 de Luc Ferrari.

Trublion assumé des studios de France Musique, Clément Lebrun avait auparavant réalisé pour l’antenne des chroniques abordant l’histoire de la musique de façon inventive – par exemple, en déclinant un an durant la thématique du collage (qui visiblement le passionne et dont il a fait le principe du Cri du patchwork), ou bien en jouant avec des sons sataniques et inversés :

Belle surprise que d’entendre France Musique rouvrir ainsi, comme nous le disait Bernard Fontaine, « des espaces musicaux et des espaces de bruit » aux oreilles curieuses.

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