Il était un mix : sélection commentée de fictions jeunesse

À l’occasion du dossier de Syntone autour de la fiction sonore pour la jeunesse, Radio Minus a spécialement concocté une playlist de « trésors cachés » : des vinyles, dessins animés, contes musicaux et autres feuilletons radiophoniques pour les jeunes oreilles. Sylvain Quément, avec qui nous nous entretenions récemment, commente et documente sa sélection.

Le mix, qui s’intitule « Pas d’histoires », est un montage de différents extraits combinés des enregistrements suivants :

  • Paul Tripp & George KleinsingerTubby the Tuba (Walt Disney records)
    Une pierre d’angle du conte musical en provenance des États-Unis, dont on entend ici l’ouverture tandis que l’orchestre s’accorde. Conçue à l’origine, dès 1945, comme une pièce purement sonore, elle n’allait pas manquer de connaître plus tard, comme tant d’autres, les aléas de l’adaptation en film d’animation.
  • Henri Gruel & Jean-Jacques PerreyCadmus, le robot de l’espace (Philips jeunesse)
    Un parangon de la fiction sonore inspirée du feuilleton radiophonique à la française, servi par un jeu d’acteurs au sommet. La réalisation est assurée par Henri Gruel, pionnier des effets sonores en France dont on retrouve la signature dans le Roi et l’oiseau ou les dessins animés des studios Idéfix. Le disque est aussi connu pour ses ambiances de science-fiction dispensées à l’ondioline – proto-synthétiseur avant l’heure – par un Jean-Jacques Perrey destiné à devenir quelques années plus tard le spécialiste mondialement célébré du moog et des collages de bandes a gogo.
  • Jean-Jacques Olivier, Georges Dobbelaere et Pierre HenryKoumra, conte africain (Clartés)
    Un disque à part dans la production de l’un des pères de la musique concrète, s’ouvrant d’ailleurs paradoxalement sur un étonnant thème pour flûte et harpe. L’histoire ne dit pas comment Pierre Henry se retrouva associé à ce projet de conte « spécialement écrit pour expliquer aux Jeunes les problèmes de la faim », mais le disque frappe avant tout par sa mise en son d’une Afrique inventée, bricolée à grands renforts de boîtes d’alumettes et de martèlements de ressorts depuis quelque studio parisien, sans plus de recours aux enregistrements ou aux connaissances ethnomusicologiques de l’époque.
  • Renée Mayoud et les enfants de la Mulatière – Au Jardin de Mélusine (Auvidis)
    Court interlude tiré d’un conte musical écrit et composé non pour, mais avec les enfants d’un groupe scolaire de la banlieue de Lyon lors de sessions d’atelier menées par Renée Mayoud, Jacques Mayoud avec Catherine Mayer au tout début des années 1980.
  • Isao TomitaLe chant de la forêt / Portopia 81 (RCA)
    Adaptation discographique d’une bande-son pour spectacle de poupées composée par Isao Tomita dans le cadre de l’exposition Portopia 81, évènement d’envergure qui s’est tenu en 1981 dans la ville de Kobé pour célébrer le lancement de la plus grande île artificielle au monde. Présenté comme message de paix et d’amour pour les générations futures, ce disque étrange s’avère être parfaitement représentatif de tout ce qu’il reste à découvrir de ce compositeur. Bien au-delà des disques de reprises synthétiques de classiques qui ont fait sa réputation en France, sa carrière pléthorique s’étend sur quatre décennies comprenant créations symphoniques, mais aussi musique pour le cinéma (Catastrophe 1999) ou l’animation (Jungle Taitei, Uchûjin Pipi…).
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Un aperçu des vinyles de la sélection fictions sonores de Radio Minus.

  • André PoppPiccolo et Saxo à Music City (Philips)
    Dans la plus pure tradition du conte musical prêtant vie et voix aux instruments d’orchestre, voilà le troisième volume des aventures de Piccolo et Saxo, dédié cette fois aux rencontres avec leurs acolytes les plus modernes (guitare wah wah, synthétiseur…). Toujours sous la tutelle d’André Popp, le projet embarque cette fois toute une brochette de franc-tireurs plus habitués aux scènes d’avant-garde qu’à la production jeunes publics : François Jeanneau (saxophoniste défricheur), Vincent Gemignani (sculpteur sonore) ou Jacques Lasry (moitié musicales des structures sonores Lasry-Baschet). Rappelons au passage la prédiction du directeur artistique de Philips à la sortie de l’enregistrement du premier opus de la série: « Popp, ce que vous avez écrit est magnifique, mais on ne vendra pas un seul disque ! ». Et le Popp en question de conclure quelques années plus tard : « En 1980, pour le premier concert, deux représentations ont eu lieu le même jour à la Salle Pleyel par les Jeunesses musicales de France avec l’Orchestre de Paris et Jacques Martin comme récitant. On a refusé 10 000 enfants ! »
  • Steve WaringImage (Chevances / Chant du Monde)
    Une curiosité dans la discographie d’un chanteur plus connu pour son approche folk, son banjo et ses cuillères, et qui explore cette fois-ci des terrains plus free et plus jazz en compagnie de l’équipe du workshop de Lyon. Une fiction narrative tirée du spectacle du même nom, revisitée ici jusqu’aux frontières de l’abstraction, du songe étrange ou du voyage psychédélique pour moins de seize ans.
  • Bernard FortLa deuxième grotte / Le voyage d’Alice (Fuzeau)
    Un autre exemple récent de conte musical s’affranchissant de la question instrumentale. Se présentant cette fois sous forme d’exercice d’écoute, le disque est sorti sur le label Fuzeau accompagné d’une vaste documentation pédagogique. Il est l’oeuvre de Bernard Fort, compositeur électroacoustique ayant notamment essaimé dans la collection Cinéma pour l’Oreille, sur le label Metamkine, familier du travail sur le field recording et les sons naturels.
  • Gérard CalviIris / Les 12 travaux d’Astérix (EMI)
    Parmi les innombrables adaptations sur disque de classiques du dessin animé, s’il fallait n’en choisir qu’une, on opterait en bons gaulois pour ce monument national orchestré par Gérard Calvi. Il semble y donner la pleine mesure de sa science de l’arrangement et du jonglage jubilatoire entre tous les styles : de la samba d’Obélix dansant sur l’île du plaisir aux percussions typiques du magicien Iris, du chant des sirènes aux escaliers de la maison qui rend fou.
  • Jean-Louis MéchaliLe Petit poucet (Chevance / Chant du Monde)
    Se définissant comme « puzzle musical », cette mise en son d’un texte à la fois si familier et si noir témoigne de tout ce que la collection Chevance a pu oser dans le domaine de la musique pour enfants à la fin des années 1970 et dans les années 1980. Une petite bande de musiciens et amis regroupés autour du mentor Philippe Gavardin y faisait le pont entre le monde de la chanson et celui des avant-garde jazz et free. Batteur et percussioniste, tout aussi à l’aise sur les scènes d’avant-garde que dans la production pour enfants, Jean-Louis Méchali arrangea bon nombre des disques de la collection, mettant en musique ce Petit Poucet contemporain, monolythique, obsessionel.
  • ShardaJack and the beanstalk / Children’s disco musical story (Venus stereo)
    Adaptation de Jack et le haricot magique par Sharda, la chanteuse indienne qui a donné de la voix notamment dans le film à succès Gumnaam. Une célébrité contrastant avec le contenu halluciné de cette obscure cassette initialement déterrée par les activistes de la radio WFMU, dans laquelle l’ogre « flaire l’odeur du sang de l’homme anglais ».
  • Philippe Combelle – Tarzan, seigneur de la jungle (Pathé / EMI)
    Autre exemple de pure fiction sonore rappelant la forme du feuilleton radiophonique, qui ne se rapporte à aucune série ni dessin animé, et est sorti exclusivement sous forme de 33 tours. Racontées par Pierre Tchernia et jouées notamment par Claude Dasset, grand habitué de ce type de fictions sonores et du doublage pour films d’animation, les aventures de Tarzan sont aussi connues pour leur bande son convoquant selon les morceaux Philippe Combelle (batteur des Dum’s), Gérard Calvi ou François Rauber, pour un résultat étonnamment soigné.
  • François Imbert et Françoise Moreau – La fête de la forêt (Chant du monde)
    Classique du conte musical, cette Fête de la forêt voit se réunir les instruments du monde entier pour un grand pow-wow nocturne parfaitement représentatif d’un certain folk hippie à la française. Les notes précisent que ce disque, initialement conçu comme une « animation-spectacle » ayant traversé tout le France, peut également être utilisé en-dehors de l’écoute domestique dans un cadre scolaire pour la danse, mais aussi pour « l’écoute de sa propre respiration, de son coeur, mains sur les yeux pour voir des images dans sa tête ».

Cette sélection est à retrouver dans les programmes de Radio Minus.

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