Radio Minus et les trésors cachés de la musique pour enfants

Depuis quelques années, les webradios pour enfants fleurissent sur le web, certaines pour mettre en valeur le catalogue d’un éditeur, à l’instar de Radio Pomme d’Api, d’autres plus généralistes, comme Radio Barbouillots ou Radio Moussaillons, d’autres encore dont l’objet semble être d’accoutumer les jeunes oreilles aux flux commerciaux. Un projet détonne dans le paysage parfois un peu lisse de ce que l’on pense pouvoir programmer pour les enfants : Radio Minus s’intéresse aux « musiques surprenantes pour enfants aventureux ». Entretien avec son fondateur, Sylvain Quément.

RadioMinus_CollectionDisquesEnfants

Dans la collection de disques pour enfants de Radio Minus.

Qu’est-ce que Radio Minus ?

C’est un projet collectif de webradio dédiée à la musique pour et par les enfants que j’ai lancé en 2013, fédérant diverses personnes qui ont depuis longtemps des activités en direction du jeune public.

Nous sommes partis du constat qu’il n’existait à l’époque pas de webradio pour les enfants diffusant le type de contenu que nous voulions proposer : ce que nous pensons être les trésors cachés de la création pour et par les enfants, de tous styles, tous pays et de toutes époques.

Radio Minus est une radio faite par des artistes, musicien⋅ne⋅s ou graphistes, qui ont un intérêt particulier pour ce champ de recherche spécifique : ce sont des mélomanes, parfois collectionneurs, avec une approche transversale de la musique ne se limitant pas à tel ou tel genre spécifique. Je crois aussi qu’elles et ils partagent souvent une sensibilité, et même parfois une nostalgie, pour certaines productions populaires de qualité : leur connaissance de la musique d’avant-garde ne les empêche pas d’avoir un attachement pour la musique faite avec soin pour le plus grand nombre.

Nous avons sollicité diverses structures avec qui nous avons l’habitude de travailler dans le domaine du spectacle pour enfants pour monter quelques partenariats : Capitaine Futur à la Gaîté lyrique ou Stereolux à Nantes par exemple. Des programmateurs dont nous savons qu’ils prennent encore des risques sur des artistes parfois inconnus, ce qui n’est pas si fréquent à l’heure actuelle.


« Le pot-pourri des Rossignolets », enfants chanteurs/ses des années 1950.

Comment définissez-vous la musique pour enfants ?

Nous diffusons trois types de musiques :

  • Des musiques explicitement créées à l’intention des enfants par leurs auteur⋅e⋅s ou compositeurs/trices.
  • Des productions réalisées avec ou par des enfants : issues d’ateliers, d’expériences de pédagogie alternative (dont la pédagogie Freinet est un exemple), de la méthode Carl Orff… Mais incluant aussi tout le répertoire des enfants chanteurs/ses dans l’industrie musicale, depuis les Rossignolets des années 50 jusqu’au hip-hop et au-delà.
  • Plus subjectif, diverses musiques que nous estimons intéressantes pour les enfants. Les choix sont ici liés au système d’horloge de notre site : nous avons trouvé intéressant que la musique diffusée soit en rapport avec le rythme quotidien des enfants, il est donc possible de choisir des morceaux pour se lever, se laver, pour l’heure du repas ou de la sieste… C’est une passionnante contrainte de programmation.

Notre raison d’être est de trouver et diffuser des trésors cachés : nous ne passons donc pas de musiques particulièrement connues ou familières. C’est un travail de recherche permanent. Récemment, nous avons par exemple profité d’un séjour en Corée au mois d’août, au cours duquel nous travaillions sur un vaste chantier d’ateliers pour, sur notre temps libre, faire la tournée des disquaires à la recherche de musique de films d’animation ancienne. La collection de la radio devient de plus en plus conséquente, et couvre à présent de nombreuses périodes et zones géographiques : de la Colombie à l’Indonésie en passant par le Danemark… Avec bien sûr également beaucoup de recherche dans le domaine de la musique à l’image : animation, télévision, jeux vidéos…

Sur un plan critique ou théorique, il me semble qu’une certaine histoire de la création musicale pour les enfants reste à écrire. Elle est encore très mal cernée, même dans les milieux professionnels. J’ai entamé l’écriture d’un ouvrage en ce sens, s’appuyant sur la collection de Radio Minus, qui constitue en quelque sorte un fonds d’archive et de recherche.


Quatre pièces courtes de Carl Orff.

Programmez-vous également des fictions ?

Étant avant tout en recherche de musique, nous nous cassons souvent les dents sur les disques de fiction narrative, car ils en comprennent peu. Nous en diffusons néanmoins quelques extraits, parce qu’il est parfois intéressant de caler des éléments narratifs ou fictionnels dans la programmation. On pourrait distinguer trois types d’enregistrements :

  • Des fictions narratives centrées sur le texte, qu’il s’agisse d’adaptations littéraires ou de créations sur le modèle des feuilletons radiophoniques.
  • Des adaptations sur disques de films ou séries de dessins animés, dans lesquelles un⋅e acteur/trice prend en charge la narration et raconte ce que l’on voit normalement à l’image. Il me semble à ce sujet intéressant de noter que ce système d’adaptations a eu cours dans de nombreux pays. On remarque notamment au Japon une très forte tradition de flexi-disques narratifs compilant le thème musical, suivi d’une histoire.
  • Des contes musicaux, à visée parfois éducative ou pédagogique.


« Le cas de figure particulier d’un disque proposant la retranscription d’une comédie musicale » : Athon, de Roland Vincent & Jean-Pierre Lang.

Au-delà de la webradio, quelles activités Radio Minus mène-t-elle ?

C’est une radio vivante, bien au-delà de son site web. Nous travaillons sur des ateliers lors desquels nous produisons des contenus avec les enfants: météo, infos, ou publicités imaginaires, que nous diffusons en ligne. Nous tournons également un peu partout avec le Radio Minus Sound System : une formule mélangeant DJ set et vidéo pour des événements en public. L’un de nos collaborateurs, Yassine, appartenait à la structure Chocomix, « laboratoire de recherche scientifique sur la fête », et me rappelait récemment, en ne rigolant qu’à moitié, combien mixer pour les enfants est une science qui ne s’improvise pas. Nous avons donc élaboré tout un dispositif rythmant le déroulé des événements, en nous fondant sur une de nos spécialités : le travail des rapports entre musique et image. Nous voulions éviter une adresse au public trop appuyée, et essayons d’inventer des dispositifs audiovisuels dans lesquels les enfants peuvent s’amuser sans que nous soyons trop dirigistes : fabrication de costumes, filmage des enfants retransmis sur écran incrustant le public dans des décors animés, alternance de danses et de jeux avec le public… L’objectif au final étant de parvenir à faire danser les enfants sur des morceaux dont ils n’auraient pas soupçonné l’existence.

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Radio Minus Sound System.

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