Il est des œuvres qui, à peine sorties, s’imposent comme des classiques. Ainsi de ce qui constitue pour l’instant une trilogie de Pierre Créac’h aux éditions Sarbacane : Le Silence de l’opéra (2007), Le Château des pianos (2014) et Le Fantôme de Carmen (2016). Les trois seuls albums avec CD de la maison d’édition, une collection à eux seuls. Classiques, ces contes musicaux le sont d’abord par défaut, de par leurs choix de narration et de représentation : une voix de récitant·e connu·e (Jean Rochefort, Pierre Arditi, Yolande Moreau) pour raconter l’histoire forcément édifiante d’un jeune héros (éternel masculin des fictions jeunesse) à la découverte de la musique, classique elle aussi. Sur le plan sonore : beaucoup d’extraits musicaux et quelques effets sonores essentiellement illustratifs. Mais ces albums sont également classiques au sens bien plus novateur où ils mettent en scène un univers propre, aussi profus que cohérent, qui s’exprime autant à travers la musique que l’écriture et le dessin. Pierre Créac’h assure les deux dernier·es avec talent. L’intention didactique sait se faire oublier pour que chaque histoire puisse se déployer : l’exploration d’un opéra où se cachent des fantômes de grands airs qui y ont été joués ; celle d’un château où il s’agit de redonner vie à des claviers de toutes époques et sonorités ; et la quête par Carmen des personnages de son opéra, qu’elle doit réunir pour une grande représentation. Trois jeux de pistes pour aiguiser l’attention à l’écoute et, partant, pour ouvrir à un imaginaire où seules les oreilles peuvent nous conduire.