Du NouvOson plein la tête

Le 7 mars 2013, Radio France, via son département des Nouveaux Médias dirigé par Joël Ronez, a lancé (encore) un nouveau site : NouvOson. Pas la peine d’avoir écouté la radio pour en avoir entendu parler (excepté dans l’Atelier du Son du 1er mars) : c’est sur le web que ça se passe, que ça se sait et que ça s’essaie.

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(cc) Anthony Catalano – flickr

NouvOson entreprend la diffusion de reportages, de fictions, de musique et de création radiophonique en « son multicanal »(1), autrement dit : qui offre un effet d’immersion à 360° dans le son. Deux formats sont disponibles à l’écoute : le 5.1, pour les possesseurs de système de reproduction “home cinéma” ; et le binaural, qui reproduit au casque (et uniquement au casque) une sensation de l’espace sonore en trois dimensions.

Imaginez-vous une ambiance dense et profonde, des sons qui fusent de partout, une voix qui vous saisit par derrière votre dos ? Oui, parfois, mais aussi des écritures plus sobres, comme pour La France des invisibles, cette première pastille de « news » réalisée pour France Info dans les couloirs du métro. « Même dans une situation non spectaculaire, le multicanal offre une meilleure discrimination des sources que la stéréo, donc une meilleure lisibilité de la scène sonore », explique Hervé Déjardin, ingénieur du son détaché pour la mise en œuvre audio de NouvOson, collaborateur incontournable des producteurs et productrices des différentes chaînes du groupe.

NouvOson a été inauguré avec des productions multicanal « historiques » à son répertoire : les mises en espace de Guy Senaux autour des années 2000 (Le singe soleil et Un cataclysme sonore avec Robert Arnaut, Bonobo, le hippie des grands signes, Maître Maîtresse de ma passion), mais aussi les plus récentes Tant qu’il y aura des bergers pour le magazine de France Inter Interception (mai 2011) ou encore le Colin maillard sonore des Passagers de la Nuit de France Culture (juillet 2011).

Depuis son ouverture, NouvOson s’enrichit régulièrement de nouveautés où varient le format et le type d’écriture. « Pour l’instant, nous travaillons sur trois axes » poursuit Hervé Déjardin : « l’amélioration de la perception spatiale, les moyens d’atteindre l’auditeur et la création. Le site et le projet NouvOson sont expérimentaux – et j’insiste là-dessus – tant sur l’aspect technique, que sur l’aspect de la production de contenus adaptés. Nous ne sommes qu’au tout début de cette aventure qui a un potentiel incroyable, et nous espérons beaucoup du retour des utilisateurs (via les réseaux sociaux par exemple) pour nous dire ce qui fonctionne bien ou moins bien. »

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(cc) Paul Kelly – flickr

La diffusion binaurale est l’aspect que nous avons voulu passer à la loupe, car c’est probablement le mode d’écoute accessible au plus grand nombre, du fait du développement de l’écoute au casque ces dernières années. Seulement voilà, à l’état naturel, notre cerveau localise les sources sonores dans l’espace grâce aux modifications des ondes acoustiques qui sont induites par la forme de notre crâne et de nos oreilles (2). Or, nous savons bien que chaque humain est différent. Le format actuel de diffusion binaurale – celui qui est disponible sur NouvOson ou sur d’autres sites spécialisés – repose donc sur la modélisation d’une morphologie moyenne de l’être humain, ce qu’Hervé Déjardin appelle « une fonction de transfert générique ». Résultat : pour certains auditeurs c’est le pied, pour d’autre c’est le flop… Mais voici qu’on nous promet une petite révolution : une personnalisation de l’effet pour chaque auditeur, vous, moi, tout le monde !

On espère l’individualisation du binaural dans trois ans.

« Radio France n’y travaille pas seule, elle opère au sein d’un large consortium d’entreprises publiques et privées(3) toutes intéressées par cette technologie. Nous voulons mettre au point une norme aussi précise qu’ouverte, qui puisse donc être employée gratuitement par des producteurs et mixeurs indépendants. »

À ne pas confondre avec la « prise de son binaurale »(4), la « spatialisation binaurale » est une opération algorithmique qui permet de restituer au casque une production ayant été mixée en multicanal (actuellement en 5.1). On peut appeler ça de la « virtualisation » d’effet 3D. Concrètement, comment ça marche ? La production sera diffusée sous la forme d’un seul fichier multicanal contenant toutes les informations nécessaires à la séparation des canaux (pour une écoute en home cinéma) et à la génération d’un bipiste binaural (pour l’écoute au casque). Vous devrez installer un « plug-in » de binauralisation sur votre récepteur – ordinateur, smartphone ou autre. Après capture de vos données morphologiques (nécessaire seulement à la première utilisation), l’application recalculera le fichier multicanal pour l’adapter exactement à votre écoute.

Ça ressemble à de la science-fiction, mais plus pour longtemps.

NouvOson n’a pas pour objectif de rester sur le web, isolé de l’antenne, mais il vise la diffusion hertzienne. Pour Hervé Déjardin, cela ne serait possible que par l’instauration de la Radio Numérique Terrestre (RNT), éternellement remise au lendemain. « On nous dit qu’il y a une alternative à la RNT : l’internet mobile. Mais penser qu’on va pouvoir accroître à la fois l’offre et l’audience dans la limite des bandes passantes des réseaux est une erreur. Malgré tous les déboires et les retards, je continue de croire que la RNT va se faire, car c’est la seule solution fiable de diffusion de flux numérique pour de très grandes audiences. En ce qui concerne plus précisément NouvOson, la norme DAB+ nous permettrait de transmettre directement en multicanal et même de réduire considérablement la compression dynamique en usage sur la FM actuellement. »

NouvOson œuvre pour le moment en coulisses, sans moyens dédiés, mais avec la bienveillance attentive de la direction de Radio France. Cela faisait longtemps qu’on attendait du service public une réponse créative aux nouvelles pratiques d’écoute. « Ça mériterait qu’on s’intéresse à recréer des ateliers d’essais, à refaire des équipes de recherche spécialisées. Il faut vite réunir des créateurs, des producteurs, des ingénieurs du son et les faire travailler ensemble – c’est ce qu’a fait Pierre Schaeffer en son temps » déclarait Hervé Déjardin dans l’Atelier du son, appelant à la création d’un nouveau « Studio d’essai »(5) autour des écritures sonores à 360°(6).

Puisse son message être entendu… même en mono !

(1) Lire la fiche Wikipédia sur le son multicanal.
(2) Micha Vanony, Localisation d’un point d’émission d’une source sonore dans l’espace.
(3) Le consortium réunit notamment Radio France, France Télévisions, l’IRCAM, le CNSMDP (Conservatoire de Paris), Orange Labs.
(4) La prise de son binaurale s’effectue à l’aide d’une tête artificielle ou bien de micros dans les oreilles. Lire la fiche Wikipédia sur l’enregistrement binaural.
(5) Sur Syntone, lire : Andrea Cohen, Pierre Schaeffer et l’art radiophonique, septembre 2010.
(6) Une rencontre avec Hervé Déjardin à propos de son parcours peut être écoutée sur Qobuz.

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