Vers une Radio polymorphe

Par Tetsuo Kogawa, 1990

 

Traduit du texte original anglais par Pali Meursault.
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Extraits :

Le terme de “Mini-FM” a été utilisé pour la première fois en 1982 dans un journal à très large tirage, au moment où s’initiait un mouvement de stations radios utilisant des émetteurs à très basse puissance. Les stations Mini-FM avaient, comparativement à tous les standards techniques habituels, des capacités d’amplification dérisoires, généralement moins de cent milliwatts. Bien qu’un signal aussi faible puisse sembler n’être d’aucune utilité pour faire de la radio au sens traditionnel, l’objectif n’était pas la diffusion large (broad-casting), mais la diffusion restreinte (narrow-casting).

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Dans le contexte de ces évènements au début des années 1980, j’ai commencé avec des amis, à expérimenter avec des émetteurs radio. À cette époque, nous avions l’intention d’établir une radio FM pirate avec des vues gauchistes. Cependant, peu de gens étaient en mesure de nous aider à fabriquer un émetteur approprié et il était difficile de trouver un émetteur manufacturé à un prix raisonnable. Même un ami fou de technologie, au lieu de me donner des indications, se contenta de m’avertir qu’en une demi-heure d’émission radio illégale nous serions localisés par le Ministère des Postes et Télécommunications. Cette attitude négative venait en grande partie des stigmates psychologiques laissés par les restrictions légales de la deuxième guerre mondiale, durant laquelle l’autorité japonaise avait interdit jusqu’à l’usage des récepteurs ondes courtes, pour ne rien dire des émetteurs.

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La radio dont mes étudiants et moi nous occupions se réinstalla dans le centre de Tokyo lorsqu’ils eurent fini l’école en 1983. La nouvelle station s’appelait Radio Home Run. Tous les jours, de 20 heures à minuit, un ou deux groupes animaient des programmes musicaux ou d’information. Les thèmes dépendaient des animateurs et des invités, mais ces derniers étaient toujours impliqués dans
des formes d’activismes politiques ou culturels. Les auditeurs qui habitaient près de la station commencèrent timidement à nous rendre visite, notre première politique était de répéter le numéro de téléphone à chaque programme. Parfois, des invités enregistraient nos émissions sur cassette pour les faire écouter à leurs amis. Rapidement, Radio Home Run devint un lieu de réunion pour les étudiants, les activistes, les artistes, les travailleurs, les commerçants et les politiciens locaux, des hommes, des femmes et des personnes âgées.

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Film promotionnel en 8mm de Itaru Kato (mars 1985) à propos de Radio Home Run.
Reproduit avec permission depuis le site de Tetsuo Kogawa.

À force d’expériences sur le système de transmission, d’efforts pour mettre en place de nouveaux programmes et créer un véritable lieu de rencontre, notre conclusion à Radio Home Run était qu’il fallait se concentrer sur une zone de couverture de moins d’un kilomètre. Tokyo étant si densément peuplé que dans un rayon de huit cent mètres vivaient au moins dix mille habitants, cela suffisait pour faire d’une station Mini-FM une radio communautaire. D’avantage, nous réalisions au fil du processus de diffusion que nous nous adressions à des membres plutôt qu’à des auditeurs potentiels. Le fait d’émettre ensemble transformait nos relations et nos impressions comme aucune autre action collective non radiophonique n’aurait pu le faire.

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Mes expériences m’ont conduit à imaginer ce qui, aussi bien, s’arrête avec la radio : nous sommes désormais engagés dans un processus de dépassement de la radio comme moyen de communication et comme moyen d’expression pour les artistes. Ces deux modèles appartiennent à la modernité, à la même matrice qui a adopté les termes de liberté ou de démocratie. Au cours des années 1990 nous aurons peut-être à délaisser l’expression “radio libre”. Même la Mini-FM échappe au cadre descriptif de la radio libre, le signal est trop faible ou bien trop spécifique pour se constituer en radio “alternative” aux médias de masses ou aux radios communautaires.

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Quand la radio a commencé son développement, il n’y avait pas de nécessité intrinsèque de séparer émetteurs et récepteurs. À cette époque, cependant, la liberté était encore une idéologie politique dominante, émission et réception furent ainsi strictement séparées de manière à faire apparaître le contraste entre libre et non-libre : l’émission devint le monopole des stations radios tandis qu’un “peuple captif” appelé “auditeurs” fut créé artificiellement. C’est dans ces circonstances que la demande et la lutte pour la “libération” des médias ont commencées.

(…)

Tetsuo Kogawa

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