El radioarte (2/2)… en Amérique Latine

Et nous poursuivons notre voyage commencé en Espagne, toujours guidé par Laura Romero du blog Radioimaginamos.

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2. Producteurs et créateurs en Amérique Latine

De nombreux pays d’Amérique Latine partagent des coutumes communes ainsi qu’une langue qui est aussi la nôtre, ce qui facilite les échanges avec l’Espagne. Au sein d’un paysage radiophonique noyé sous les informations, le feuilleton radio ou radiodrame reste le genre phare de la radio latinoaméricaine. La majorité d’entre eux, très commerciale, présente néanmoins une forme de création artistique. Avec le temps, les expériences d’autres pays comme l’Allemagne et la France ont enrichi les possibilités expressives du langage sonore, modernisé les feuilletons, les faisant entrer dans des modalités artistiques non plus narratives mais davantage expérimentales. Ce qui est remarquable en Amérique Latine, c’est le développement de la recherche universitaire et l’intérêt croissant des étudiants et des professeurs dans ce domaine. Il suffit de constater l’existence de chaires d’art radiophonique dans des écoles de communication et d’universités du Pérou, d’Argentine, du Chili, du Brésil ou du Mexique.

Fresque dans une rue brésilienne (cc) François Le Ming - flickr

Fresque dans une rue brésilienne (cc) François Le Ming – flickr

Commençons par le Brésil. À l’Université de Londrina travaille Janete El Haouli, docteur en art et radio, mastère en Sciences de la Communication à l’Université de São Paulo (USP) et professeur à l’Université d’État de Londrina (UEL), où elle coordonne le centre d’études de Musique et Contemporanéité. Elle a publié des livres et articles sur l’art accoustique radiophonique et les paysages sonores, et a été la directrice de la radio campus de l’Université de Londrina où elle produit l’émission Música nueva – radio para oídos pensantes (Musique nouvelle – radio pour oreilles pensantes), espace de diffusion de musique expérimentale électroaccoustique, paysages sonores, poésie sonore et art radiophonique. Janete El Haouli a participé en collaboration avec Lilian Zaremba (qui a produit deux séries radiophoniques, Rádio Mutandis y Rádio Escuta, pour la radio MEC_FM Rio de Janeiro) à Radio Forum, un événement international en 2008 ayant rassemblé des producteurs de radio, des conférenciers et de remarquables artistes brésiliens. Quelques-unes de ses productions sont écoutables sur son site.

Au Vénézuela, il faut absolument s’attarder sur l’engagement acharné de Jorge Gómez, pionnier de l’enseignement de l’art radiophonique. Professeur à l’Université nationale expérimentale des Arts (Unearte), il a été un juré de l’importante Biennale Internationale de Radio au Méxique, il fut le fondateur de RAV (Radio Artistique Vénézuelienne) et a présenté au Musée des Beaux-Arts de Caracas le premier Radioarte Performance Fonosomático en 2002. Musicien et producteur, il réalise l’émission Oír es ver (Entendre c’est voir). Il organise la rencontre ibero-américaine d’art sonore PARLANTE à Caracas, et coordonne ASRAV (Arte sonoro y radioarte de Venezuela), pour la diffusion et l’enseignement de ces pratiques. Au Venezuela, il faut aussi noter l’existence du réseau d’art sonore latino-américain REDASLA.

Créée en Equateur, la Radio Artistique Expérimentale Latino-américaine (RAEL) est un espace de communication formé par un collectif de personnes originaires de différents milieux comme le théâtre, la musique, la littérature, les arts visuels, l’informatique et les sciences sociales. Depuis 1996, ses activités s’organisent non seulement à la radio mais aussi dans des galeries et lieux publics. En 2002, la radio s’est transormée en Centro Experimental Oído Salvaje (Centre Expérimental Ouïe Sauvage), un espace international pour la créativité sonore, dont les épicentres se situent à Quito (Équateur) et Bogotá (Colombie). Iris Disse, Mayra Estévez et Fabiano Kueva sont quelques-uns de ses membres.

(cc) FM La Tribu par Bruno Iglesias sur flickr

FM La Tribu (cc) Bruno Iglesias – flickr

En se dirigeant vers l’Argentine, on trouve le Laboratore Experimental d’Arte Radiophonique (LEAR), dédié à la recherche et à l’expérimentation sonore développée par ETER, l’Ecole de communication de Buenos Aires et le Département Radio de l’Université Nationale de Comahue, coordonnée par Ricardo Haye, Agustín Tealdo, Hernán Risso Patrón et Silvana Frederic. Parmi les artistes actuellement en activité, il faut signaler Joaquín Cófreces, né à Buenos Aires mais habitant Ushuaia. Depuis 1995, il a produit de nombreuses émissions et pièces radiophoniques de diverses natures, en les mélangeant à d’autres formes d’expression artistiques comme la peinture, le théâtre ou la photographie, et en 2009, il a remporté le Prix International Phonurgia Nova avec The Last Voice. Il a travaillé avec le collectif La Tribu, radio qui depuis 1989 a produit une multitude de programmes et pièces de radio intéressantes et innovantes. La Tribu fait aussi partie de AMARC-Argentina (l’Association Mondiale de Radio Communautaires) et gère Vivalaradio.org, une page web pleine de ressources utiles pour la gestion de projets de communication communautaire et alternative. En Argentine, on écoute aussi des propositions comme La Resurrección del Wincofón, programme davantage porté sur la fiction qui est réalisé sur Radio Grafica 89.3 FM, ainsi que des productions de récit, narration et théâtre radiophoniques comme Cuenta Historias y Narrativa Radial. Un autre argentin amoureux de l’expérimentation sonore est Rubén Marino Tolosa, producteur de Radiosystem. On pense aussi au fameux compositeur et artiste sonore Jorge Haro.

En atterrissant au Mexique, on se dirige bien sûr vers la Biennale Internationale de Radio, organisée par Radio Educación, et dont la première édition en 1996 constitue une date clef pour le développement de l’art radiophonique dans ce pays, mais aussi dans toute l’Amérique Latine, grâce à la création de la catégorie “radioarte” dans son concours de productions radiophoniques. C’est également au Mexique que s’est créé le Laboratoire d’Expérimentation Artistique Sonore (LEAS), fondé per une femme importante pour la radio méxicaine, Lidia Camacho, qui a développé le rôle fondamental du média radiophonique comme promoteur de la créativité : “Chaque œuvre d’art radiophonique est une recherche, mais aussi une retrouvaille : avec l’étonnement, avec l’inouï, avec tout ce que renferme le son quand on le traite comme une matière esthétique” (in El arte radiofónico en América Latina. Entre Ariel y Calibán. Revista Telos).

En tant que compositeur, pionnier et artiste sonore, mentionnons le méxicain Manuel Rocha Iturbide, créateur interdisciplinaire qui s’est également consacré à un travail de recherche, écrivant des articles autour de l’histoire de la musique électroacoustique et expérimentale au Mexique ainsi que sur l’esthétique dans l’art sonore. En tant qu’amoureux de la nature et spécialiste du paysage sonore et photographique, il faut ajouter à la liste Manrico Montero.

Une autre initiative mexicaine est le projet de recherche sonore de l’artiste Zael Ortega, Artes Electroacústicas, à Puebla, programme radiophonique qui a comme principal but la promotion et la diffusion d’une écoute sonore et musicale contemporaine. Zael Ortega a été récemment récompensé dans la catégorie “radioarte” de la Biennale Internationale de Radio 2010 pour son travail sur le chemin de fer au Mexique, Oídos de Acero. El canto de las sirenas, de la compositrice et chanteuse Viviana Ramírez Trejoa a obtenu le second prix. On peut écouter ces deux oeuvres sur les programmes 7 et 8 de El Primer Sentido, publiés sur le portail que je coordonne, Radioimaginamos.org.

Sol Rezza (cc) Daniel Iván - flickr

Sol Rezza (cc) Daniel Iván – flickr

On clôture notre revue de la géographie mexicaine avec la brillante trajectoire artistique d’une femme qui, en plus de produire des pièces sonores sensationnelles, donne des cours et promeut la diffusion de l’art radiophonique, grâce à la publication d’essais et sa particpation à des rencontres et festivals d’art sonore et radiophonique partout dans le monde.

Il s’agit de Sol Rezza, Argentine établie au Méxique. Elle a réalisé diverses pièces de radio expérimentales, art sonore, paysage sonore, radio comme art performatif, expérimentations multimédias et installations sonores pour différentes institutions. Elle a l’habitude de travailler avec l’artiste multimedia mexicain Daniel Iván. Elle a realisé El silencio NO existe, une série de programmes dédiés au genre de l’art radiophonique, produit pour La Voladora Radio et diffusé sur différentes radios au Méxique, en Espagne et en Argentine. J’en profite pour la remercier de sa collaboration au travail de documentation de cet article.

Les initiatives étudiantes sont cruciales pour la motivation des futurs professionnels. C’est dans ce but qu’en Colombie se déroule depuis 2003 l’exposition audiovisuelle VENTANAS, un événement organisé par la Chaire de Communication Sociale de la Faculté de Communication et Langage de l’Université Pontificale Javeriana, qui promeut entre autres disciplines la création radiophonique.

Pour finir, je recommande le site de Tito Ballesteros, journaliste interessé par l’art radiophonique qui écrit sur les productions latino-américaines et interviewe de nombreux créateurs. Il publie également sur son blog une série de programmes audio qui forment un cours sur la radio, son histoire, sa technologie et sa créativité.

Traduction : Julie Heurtel

Références bibliographiques :
  • CAMACHO, LIDIA – El arte radiofónico en América Latina. Entre Ariel y Calibán. Revista TELOS.
  • RODERO, EMMA y SOENGAS, XOSÉ – Ficción Radiofónica. Insituto RTVE. 2010.
  • HAYE, RICARDO – El arte radiofónico: algunas pistas sobre la constitución de su expresividad. La Crujía, Argentina, 2004.
  • IGES, JOSÉ – Arte radiofónico: un arte sonoro para el espacio de la radiodifusión. Tesis doctoral. Universidad Complutense de Madrid. 1997.
  • GUARINOS, VIRGINIA – Géneros ficcionales radiofónicos. Mad, Madrid, 1999.
  • VV.AA. – Trelatos. Ficcionario de Radio 3. Ed.Calamar, Madrid, 2002.

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