Webradios et plateformes de création sonore et radiophonique

Une intense actualité autour des plateformes de podcasts, une webradio expérimentale qui naît, celle d’un festival radiophonique qui fait peau neuve : la période semble idéale pour proposer une sélection de webradios et de fournisseurs de podcasts « natifs » (c’est-à-dire diffusés d’abord et avant tout sur Internet) consacrés, naturellement, à la création sonore et radiophonique.

maura, « Robot Conversation », 2008, Creative Commons by-nc-nd

Des têtes d’affiche

À moins d’avoir réussi la gageure de se tenir à l’écart de tout flux d’information récent, difficile d’être passé·e à côté de la montée en puissance du podcast à la française. Les mêmes quatre nouvelles actrices indépendantes ont ainsi été régulièrement mises en valeur ces derniers temps : Nouvelles écoutes, Slate, Binge Audio et BoxSons – auxquelles s’adjoignent parfois Fréquence Moderne et RadioKawa. Deux anciennes et une canadienne, à l’approche distincte (davantage engagées qui dans l’artisanat sonore, qui dans la critique sociale) viennent plus ou moins souvent compléter cette sélection : principalement Arte Radio, la vétérane française des plateformes de création qui vient de souffler ses 15 bougies ; ensuite Là-bas si j’y suis, passée sur le web en 2015 ; et enfin la jeune et montréalaise Magnéto, qui « rassemble auteurs, créateurs sonores et compositeurs dans le but de créer une génération contemporaine d’oeuvres radiophoniques québécoises ».

Des podcasts sur l’actualité des podcasts

Signe de vitalité, plusieurs programmes suivent maintenant l’actualité bouillonnante du secteur. L’Air du son, créé par Binge Audio et Audible (plateforme de livres sonores d’Amazon) parle ainsi des nouveautés dans le domaine de « l’audio », de la création aux innovations technologiques. Un podcast indépendant branché sur les podcasts, le Podcastore, a par ailleurs vu le jour, qui suit les parutions francophones. Ces programmes adoptent une approche plus large que celle de notre Revue des podcasts, centrée sur les podcasts de création et non sur ceux, majoritaires, de talk (l’anglicisme de rigueur dans le milieu serait aisément traduisible par les expressions, il est vrai indécrottablement associées à la FM, de plateau ou d’entretien). La publication en ligne de sons soigneusement affinés n’ayant cependant pas été inventée dans les années 2010 et ne se résumant pas à la mise en ondes d’histoires, cette mise en ondes fût-elle savamment menée et ces histoires fussent-elles passionnantes, voici quelques douzaines de liens à ajouter, si ce n’est déjà fait, à vos logiciels de podcast et lecteurs de streaming. La liste ne saurait être exhaustive : n’hésitez pas à la compléter en commentaires.

Des collections de pièces sonores et radiophoniques

Pour découvrir une sélection de pièces récentes :  Saout Radio, « webradio d’art audible contemporain » (cliquer sur « Artists », choisir les pièces à écouter puis lancer le lecteur) et *DUUU, « webradio dédiée à la création contemporaine ». Pour la production belge francophone : l’ACSR (Atelier de création sonore radiophonique de Bruxelles). Parmi les plateformes antérieures, qui font aujourd’hui figure de pionnières mais ne sont plus alimentées, signalons Silence Radio, dont l’ambition était de mettre en lumière des œuvres « qui explorent toutes les potentialités de l’expression radiophonique », et l’« ouvroir de sonorités potentielles » Ousopo. Des projets plus spécifiques, nourris par le travail de collectifs, existent, à l’instar de la webradio Le Frigo, qui propose « projets unitaires ou émissions mensuelles, expérimentations sonores, créations bizarres ou poétiques », du Bruitagène, « des créations radiophoniques qui vous grattent entre les oreilles » ou de Friture, « radio de création collective, éphémère et itinérante ». Des productions originales sont également à trouver sur la très récente Onde courte, « webradio toulousaine qui diffuse de la musique et des émissions libres de droits et une plateforme pour promouvoir la culture du libre et l’usage des ressources libres sur internet ». Pour les fans de fictions autoproduites, direction le Netophonix, qui propose rien de moins que « tout sur les sagas mp3 ». Pour les anglophones, un incontournable : Radiotopia, un réseau sélectionnant en toute simplicité « des podcasts extraordinaires, à la pointe de la création » ; également la « bibliothèque sonore » des lauréat·es du Third Coast International Audio Festival ; et d’autres pistes dans notre papier sur le storytelling. Pour les féru·es d’archives : UbuWeb, qui conserve en ligne « les avant-gardes de toutes les époques », et Sonosphere, un « musée sonore » regroupant trois grandes collections, celle de Deutschlandradio Kultur, celle de Phonurgia Nova et celle de la Bauhaus-Universität Weimar.

Des flux à la programmation inventive

Aux côtés de ces plateformes de podcasts, figurent des webradios qui alimentent un flux en streaming, soigneusement composé par un travail de programmation. Phaune Radio bien sûr, « bestiole aussi curieuse qu’indomptable qui émet des sons étranges 24h/24 sur le web : paysages sonores du monde entier, musiques aventureuses, rencontres animales, archives rescapées du futur, jeux pour les oreilles… ». Mais aussi sfSoundRadio, webradio diffusant des « compositions expérimentales, improvisées, électroniques, contemporaines et autres formes de musiques nouvelles entendues dans la baie de San Francisco », ou encore Shirley & Spinoza Radio, « ondes radios cassées, ne tenant pas en place et complètement mélangées », dont le mystérieux streaming n’est plus mis à jour mais fonctionne néanmoins. Radio PiedNu/ESADHaR (ici en version flash), co-animée par l’école d’art et de design Le Havre Rouen et l’association dédiée aux pratiques sonores expérimentales PiedNu, propose une « programmation composée de disques d’artistes contemporains, des disques du label PiedNu et des enregistrements de concerts passés ». Une toute nouvelle, également : Radio Rhino, dont l’objectif intrépide se veut de « revenir à l’essence de notre condition naturelle : l’esthétique et le plaisir ». Radio Aporee, quant à elle, met bout à bout à l’infini les contributions reçus sur son site, « vaste corpus de sons du monde entier ». Les enfants ne sont pas oublié·es, qui peuvent notamment se caler les oreilles sur le streaming de Radio Minus. Profitons-en, enfin, pour saluer le défunt Cannibal Caniche, qui suscitait et émettait la sélection la plus déjantée de musiques libre de droit. On pourra toujours se consoler en allant explorer la base de la Free Music Archive, riche d’innombrables musiques, notamment expérimentales, sous licence libre.

Des webradios qui questionnent la radiophonie

Certaines initiatives proposent des créations qui joue sur la radiophonie ou les arts de la transmission en tant que tels. On citera notamment The Radius, « plateforme de diffusion radiophonique expérimentale basée à Chicago », mettant en lumière « des artistes qui utilisent la radio comme élément fondamental dans leur travail »  ou la Meta Radio de π-node, une « plateforme expérimentale pour le développement d’un format radiophonique web/FM hybride » qui propose là, parmi d’autres streams, « une sélection de programmes radiophoniques »figure la crème de la création radiophonique et électroacoustique. On ajoutera Ràdio Web Macba, « projet radiophonique du musée d’art contemporain de Barcelone, qui explore les possibilités d’Internet et du medium radiophonique comme espaces possibles de synthèse et d’exposition », ou encore WebSYNradio, radio de création en streaming sur laquelle « tous les quinze jours une personnalité (artiste, intellectuel, chercheur, écrivain…) propose une intervention inédite ».

Des sons qui parlent de création sonore

Viennent ensuite des webradios qui parlent d’art sonore et radiophonique – tout en en diffusant naturellement aussi. Parmi celles-ci : NAISA Radio (New Adventures in Sound Art), qui « promeut des performances et des installations couvrant tout le spectre de l’art sonore électroacoustique et expérimental », Radio Papesse, « webradio et plateforme consacrée à la promotion du son et des productions radiophoniques expérimentales », ou encore Radio Arte-Mobile, « plateforme pour l’art contemporain basée à Rome, dédiée à la recherche sonore ». Dans la sphère francophone : la « webradio locale » Oufipo, qui rediffuse les débats du festival de la radio et de l’écoute Longueur d’ondes ; l’universitaire Locus Sonus, « laboratoire d’art audio » qui conserve en ligne de nombreuses ressources sonores ; et la patrimoniale webradio du GRM (Groupe de recherches musicales), avec sa « programmation à base d’archives issues de notre fonds tous les acteurs qui ont marqué l’invention de la musique concrète, leurs oeuvres, leurs démarches de création toujours présentes ». Enfin, last but not least, la nouvelle R22 Tout-monde, « webradio des arts et du commun » développée par l’espace Khiasma aux Lilas.

Un peu de FM sur le web

Pour ne pas oublier la FM dans ce panorama, un petit tour dans les entrailles de notre tag émissions & podcasts permettra de découvrir des programmes initialement produits sur FM, mais souvent disponibles en podcast après diffusion. Notamment le réseau international Radia, qui donne à entendre « des façons nouvelles et oubliées de faire de la radio » et met des archives à disposition ainsi qu’un streaming, Radia Relay, « combinant le meilleur du direct de toutes les stations participantes ». Ces dernières, listées sur le site, offrent un bon panorama des radios hertziennes engagées dans la création sonore. On en signalera trois en particulier, puisqu’elles présentent la particularité d’être exclusivement ou principalement consacrées à l’art sonore et radiophonique : Soundart Radio, basée à Darlington, la londonienne Resonance FM avec sa plateforme Resonance Extra, et WaveFarm, de New York. Côté antennes publiques, on évoquera nouvOson, qui propose des créations de Radio France en son multicanal. Parmi les multiples radios éphémères qui éclosent ici ou là, retenons en deux pour finir : RadioRadio, « radio temporaire de création fabriquée par des étudiant-e-s de l’ENSA de Bourges », et plus récemment rAAdio cAArgo, un « organisme vivant ouvert à toutes les personnes qui souhaitent l’habiter », qui est né en juillet 2017 lors d’une résidence à Rennes, mais creuse depuis sa tannière de façon plus pérenne à Bourges.

Bref, un écosystème foisonnant et extrêmement diversifié – de quoi vous affûter les oreilles de mille manières différentes.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *