Utopie Sonore : « une colonie de vacances bordélique et acousmatique »

Quand, dans une boutade, on suggère au Bruitagène de répondre à nos questions en haïkus, on en reçoit aussitôt un de Pierre Laisne :

Dans le ciel
Lumière sur le dos
Je cours

Le Bruitagène, « groupe informel d’idéalistes désorganisés » engagé dans la création sonore, aime les défis, l’invention et l’amitié. Et, avec quelques électrons libres qui ne font pas partie du collectif nantais, il propose les 26, 27 et 28 août 2016 dans le Maine-et-Loire une rencontre d’un genre nouveau intitulée Utopie Sonore : « On pourrait appeler ça une colonie de vacances bordélique et acousmatique, un summer camp décadent et sonore, une utopie joyeuse et radiophonique, ou plus mystérieusement un long weekend à la campagne ». Trois jours de camping gratuit pour causer, partager les pratiques, animer ou participer à un atelier, élaborer des créations collectives ou proposer des écoutes : « Utopie Sonore se fera maison, DIY, beatnik, comme on peut. » Entretien avec Anaïs Denaux, membre de l’organisation.

UtopieSonore-visuel_2016

Comment est née l’idée de ce weekend ?

Côté création, l’idée d’Utopie Sonore est née un lendemain de fête sur le constat que, parmi les indépendants, nous n’avons pas assez de moments de partage dans notre pratique radiophonique, et que nous rêvions non seulement d’échanges mais aussi de pratiquer collectivement et d’en avoir le temps. Côté réflexion, Utopie Sonore résulte du besoin, évoqué lors de la Rencontre des radios engagées organisées par l’Addor le 25 octobre dernier, de croiser nos pratiques artistiques et militantes.

Pourquoi l’utopie ?

À plusieurs titres : d’abord parce que nous voulons regarder ce que nous pouvons devenir plutôt que ce la radio a été (même si la mémoire y joue tout son rôle). Ensuite parce que nous pressentons la possibilité de croiser l’esthète et le populaire, le militant et l’artiste, la réflexion et le sensible – le son, la radio offre des milliards de friches à explorer. Enfin, parce qu’il s’agit de défendre un média qui appartient à tous, qui a souvent été le médium de la résistance et de la lutte, et que nous refusons qu’il devienne une forme artistique uniquement éthérée, obscure et élitiste. Ceci étant, dans « utopie » il y a surtout beaucoup d’élan et peu de certitudes !

Et pourquoi ce cap sur le collectif ?

Parce qu’à plusieurs on est plus forts, plus intelligents et plus festifs. Nous avons cette expérience-là au Bruitagène : quel que soit le temps apporté à la réalisation d’une création, le frottement des cerveaux et le croisement des regards ajoutent toujours quelque chose de mieux, une exigence. Or, si la création solitaire arrive toujours à prendre sa place (si tant est qu’on en ait le temps), le collectif demande une liberté et une logistique qui nous sont de plus en plus rarement offertes : il est temps de nous les réapproprier. Pour ça, il faut être plusieurs.

Envisagez d’en faire un rendez-vous régulier ?

Nous serions hyper fiers de voir ce rendez-vous se répéter sur plusieurs années, et nous y œuvrerons. Mais l’idée est évidemment de garder une totale indépendance et d’éviter à tout prix la logoïsation de l’événement. La création radiophonique est un espace encore très libre, on peut s’y inventer. Nous aimons l’idée d’une pratique traversée de transmissions des savoir-faire, et qui préserverait la dimension populaire du média. Mais Utopie Sonore ayant pour but de faire des choses ensemble, la suite dépendra surtout de ce que nous faisons de cette première. Pour l’instant, on fonce vers l’inconnu mais avec envie.

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