Un meeting international pour la production indépendante ~ 3 questions à Jonathan Zenti

Les 1er, 2 et 3 octobre 2015, la petite ville italienne de Ferrara accueille le MIRP, une rencontre internationale entre producteurs et productrices radiophoniques indépendantes. Son intention est de créer un espace physique pour échanger sur les possibilités esthétiques de la radio et sur son avenir. Rencontre avec Jonathan Zenti, une des chevilles ouvrières de cette rencontre.

Tu es auteur, mais aussi dans une certaine mesure agitateur culturel et promoteur de la culture radiophonique. Peux-tu nous présenter ton parcours ?

J’ai commencé à travailler à la radio comme ingénieur du son en 2003. En 2007, j’ai commencé à faire des interviews, à écrire et à parler au micro et, depuis, je ne peux plus m’arrêter !

Si je me suis engagé dans la sensibilisation à la culture radiophonique, cela provient de la situation de mon pays, l’Italie, où proposer au public des produits culturels de qualité est un peu comme fabriquer des radiateurs à l’Équateur. Aujourd’hui, mes activités sont complètement imbriquées entre production, promotion, recherche et formation afin de créer des radios et, en même temps, de possibles auditeurs, et maintenir ainsi vivante la pratique de la radio, ce type d’interaction entre celui qui émet et celui qui reçoit.

Jonathan Zenti

Jonathan Zenti

Qu’est-ce qui a motivé la création du MIRP ? Et comment va-t-il se dérouler ?

La structure de la rencontre est simple : le premier jour sera seulement entre les participants du MIRP à Portomaggiore. Le matin, il y aura des présentations thématiques, suivies par des questions-réponses. Dans l’après-midi, des groupes de travail auront l’objectif d’écrire un document sur la situation de la production indépendante au niveau international. Les jours suivants, nous serons à Ferrara pour participer au festival Internazionale : nous écouterons des documentaires et nous discuterons de l’avenir de la radio hors des canaux traditionnels.

L’exigence d’organiser une rencontre entre producteurs indépendants radiophoniques est née de plusieurs échanges : sur Skype, mais surtout lorsque nous nous rencontrons lors des festivals. Dans le contexte des prix européens en particulier, nous avons remarqué qu’en tant qu’auteurs indépendants, nous sommes comparables à Pocahontas à la cour du Roi d’Angleterre : souvent, on nous regarde comme des curiosités intéressantes, mais finalement nous n’avons pas beaucoup d’opportunités dans le cadre des logiques compétitives des radios publiques européennes. En outre, nous avons remarqué qu’il manque un lieu dédié à la confrontation et à la recherche.

Avec l’auteur danois Rikke Houd, le Suédois Martin Johnson (auteur de documentaires et de fictions, mais aussi organisateur de la compétition de fiction sonore The Sarahs), la Canadienne Kaitlin Prest et la Belge Katarina Smets (à la fois autrices radiophoniques mais aussi artistes), nous avons alors décidé de créer ce nouvel espace de dialogue, et même sans avoir une connaissance spécifique de l’organisation d’événements, nous nous sommes lancés en décidant de rester indépendants et en choisissant la formule de l’auto-financement.

Pour ce qui concerne le lieu et le contexte de la rencontre, cela vient de mon expérience de trois ans au festival « Internazionale a Ferrara », un festival initié par la revue italienne Internazionale [l’équivalent du Courrier International en Italie, NDLR], en tant que commissaire pour Audiodoc, association qui promeut la réalisation et la diffusion de documentaires radiophoniques en langue italienne. Ce festival attire environ 70 000 personnes pendant trois jours dans la petite ville de Ferrara et j’ai vu dans cette réalité un potentiel pour faire connaitre au grand public la révolution qui se passe dans le monde radiophonique international.

Quelles sont les attentes du MIRP ? Quelle vision de la radio nous reste-t-il à imaginer dans le cadre de la production indépendante ?

Pour l’instant, le MIRP est une rencontre de trois jours pendant lesquelles des professionnels du secteur vont se rencontrer en personne et dialoguer sur les thématiques qui les intéressent. Pour nous les promoteurs, l’idée est de continuer après cela, mais l’avenir du MIRP et la direction qu’il va prendre sera décidé pendant la rencontre par les participants eux-mêmes.

Dans les derniers deux années, quelque chose s’est certainement brisé entre la nouvelle génération d’auteurs indépendants et les radio publiques, car ces dernières n’ont pas su intégrer et valoriser le potentiel de la nouvelle production indépendante, mise à part des exceptions comme Soundproof et Radiotonic initiées par Julie Shapiro à la radio publique australienne ou la collaboration entre BBC et Falling Tree Production.

Je pense aussi à la nouvelle catégorie « Radio New Formats » du Prix Italia, fortement soutenue par le directeur Paolo Morawski, qui a le mérite d’avoir ouvert le prix aux auteurs indépendants. Aux États-Unis, certains essaient la voie privée, qui n’est peut-être pas réalisable en Europe. Un des objectifs du MIRP est justement d’explorer les formes de financement et les types de plateforme de diffusion pour les projets indépendants du futur, et je crois que cela est une des plus fortes motivations de notre rencontre la semaine prochaine.

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