Radio Revolten ~ 30 jours pour l’amour de l’art radiophonique

Il s’agit du « monstre » radiophonique de la rentrée, de l’année et peut-être même de la décennie. Du 1er au 30 octobre 2016 à Halle-sur-Saale en Allemagne, le festival Radio Revolten donne à l’art radiophonique une exposition sans précédent. Durant 30 jours et 30 nuits vont se succéder performances artistiques (70 artistes sont attendu·es sur une quinzaine de lieux), installations, débats, radio libre et un colloque universitaire pour couronner le tout. Rencontre avec les cinq directeurs/trices artistiques de l’événement : Knut Aufermann, Ralf Wendt, Anna Friz, Sarah Washington et Elisabeth Zimmermann.

La tour sur laquelle domine l'antenne ondes moyennes. © Marcus Andreas Mohr

Radio Revolten réanime pour l’occasion les ondes moyennes allemandes, éteintes officiellement depuis quelques mois. © Marcus Andreas Mohr

Pour comprendre pourquoi et comment cette ville moyenne de l’ex-Allemagne de l’Est battra au rythme de l’art radiophonique pendant tout un mois, il faut partir de Radio Corax, la radio libre de Halle, et sa première édition de Radio Revolten en 2006. « Radio Corax, qui a une base démocratique et populaire, est un des exemples en Allemagne de ce que le tiers secteur radiophonique (c’est-à-dire non public et non commercial) fait de mieux. » confie Knut Aufermann au magazine Wire. « Avec ce festival, nous voulons faire un état des lieux de notre art, » poursuit-il. « Nous déclarons l’art radiophonique comme une forme artistique spécifique et Radio Revolten comme le résultat de notre tentative de représenter toutes ses variations. »

C’est au sein de la constellation Radia (ce réseau international dont fait partie Radio Corax) que l’on retrouve la cheville ouvrière Knut Aufermann. Avec Sarah Washington, il monte des radios expérimentales depuis une quinzaine d’années. À leurs côtés : Anna Friz, l’une des rares personnes dans le monde que l’on puisse qualifier d’artiste radiophonique à part entière, Elisabeth Zimmermann, tête pensante et agissante de Kunstradio, l’émission de création de la radio publique autrichienne, et Ralf Wendt, le directeur de Radio Corax, la station hôte. Celui-ci nous confie : « Pour moi, Radio Revolten représente l’opportunité d’ouvrir ce monde fonctionnel et claustrophobique qu’est la radio de tous les jours à un autre monde, chaotique et non régulé. C’est un but que j’aimerais atteindre tout le reste du temps. » C’est que Radio Revolten peut se traduire par « révoltes à la radio » ou…  « révoltes de la radio ». Totalement engagé dans cette dynamique revitalisante, Knut Aufermann nous témoigne à quelques jours du lancement du festival : « Je n’ai jamais travaillé aussi dur. Radio Revolten se dessine comme l’un des points culminants de ma vie. Du moins j’espère qu’il le sera. En fait, je suis assez certain qu’il le sera. Quand tant de gens géniaux sont rassemblés, ça fait des étincelles et on sait tous ce que cela veut dire. L’étincelle, c’est la transmission. »

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Meanwhile in Shanghai, de Maia Urstad, une des installations présentées. © Andrea Toft

Vivant au Canada, Anna Friz est la seule membre du groupe à avoir vécu la préparation à distance : « À cause de cela, ma relation à Halle est déjà radiophonique ! J’imagine les lieux et les gens à travers des réunions par Skype pendant lesquelles je découvre les voix et les arrière-fonds, avec la sensation de toucher du doigt le lieu, et d’être touché par lui, sans y être physiquement. Quand j’y serai, je m’attends à une sensation radiophonique amplifiée. »

Mais qu’allons-nous entendre lors de Radio Revolten ? Sarah Washington contribue à la programmation de la radio du festival ainsi qu’à l’ensemble des performances en direct : « C’est ce type d’explorations radiophoniques que je trouve fascinantes et fécondes. Nous aurons plus de 70 artistes sur près de 30 soirées et je pense qu’on pourra apprécier une grande variété de pratiques. » À l’affiche : la fine fleur de la création sonore contemporaine, toutes générations confondues : Gregory Whitehead, Alessandro Bosetti, DinahBird, Félix Kubin, Julia Drouhin, Tetsuo Kogawa et bien d’autres.

La différence importante avec d’autres événements qui tentent le croisement délicat de la radio avec quelque chose de l’ordre du spectacle vivant, c’est que, selon Sarah, les auditeurs/trices ne vont rien rater : « Ils/elles recevront une œuvre intégrale pour la radio qui ne nécessite pas d’être vue. Ce seront des œuvres différentes de celles qui seront présentées au public sur place, pour lequel les conditions seront tout aussi attrayantes. Que vous écoutiez à partir de la radio ou que vous fassiez le déplacement, ce que vous entendrez aura été créé spécialement pour vous. La condition du direct est fondamentale de la radio, et la vitalité qui en découle est ce que la radio fait de mieux. »

Elisabeth Zimmermann s’avoue toujours attentive aux contributions théoriques et aux réflexions autour de l’art radiophonique : « J’espère que Radio Revolten ne va pas “seulement” transformer la ville de Halle en un grand espace radiophonique, mais aussi fonctionner comme une plateforme pour que des artistes, des théoricien·nes et des gens de radio se rencontrent, prennent connaissance des travaux des un·es et des autres, puissent avoir des discussions intenses et, dans le meilleur des cas, développent ensemble de nouveaux projets d’art radiophonique. »

Très curieuse de jeter ses oreilles dans ces « révoltes de la radio », Syntone dépêchera à Halle une envoyée spéciale. En attendant, la conclusion (provisoire) revient à Anna Friz : « Pour moi, ce festival n’est pas tant à propos du futur de la radio comme l’était le précédent que d’un présent radiophonique en constante évolution. »

3 Réactions

  • Jacques dit :

    Super festival en effet!
    BUT…vu sur la page facebook « fine fleur de la création contemporaine etc… » est ce rendre hommage à cet événement (et à son titre!) que de le réduire à une présentation d’oeuvres ou d’ artistes plus ou moins bien en vue?
    Je me souviens qu’il y a plus d’une dizaine d’ années, lors d’un compte rendu d’ un événement beaucoup moins ambitieux mais fort similaire (avec d’ailleurs une bonne part des mêmes intervenants), notre association -dont je tairai le nom- s’ était fait « redire » de la part du pouvoir subsidiant en conclusion, après une entière page dans Libé relatant l’ événement:  » n’oubliez pas la création! (sic) ». Le bonhomme, croyant émettre une remontrance, m’ a fait un énorme compliment car il y avait dans notre démarche une dimension ludique et expérimentale quelque chose qui dépassait, je le pense encore, le simple fait de produire des artistes, une tentative de fusion où la technique, encore balbutiante et fragile, donnait corps à un contenu littéralement métamorphosé- une sorte d ‘espace polymorphe comme le nommerait Tetsuo Kogawa. Je reviens à nos moutons: lire votre article, a vrai dire, me met assez mal à l’aise car il soulève plusieurs questions qui me semblent difficile de trancher ici.
    La première est de savoir si cet événement est présenté comme tel (fine fleur, événement du siècle etc…) ou s’il s’ agit d’une déduction/initiative de votre part, et si c’est le cas cela induirait une seconde question: comment peut on en arriver là…je me souviens des premières expériences des radio art aux premiers pas d’internet faite de découvertes, folies , tâtonnements, maladresses certes mais surtout d ‘expérimentations joyeuses, ouvertes et sans prétentions. Radiokinesonus restant pour moi une référence absolue…
    Peut être, et c’est la deuxième question que je vous/nous pose, que les généreuses et bénéfiques « radiations » ont eu tendance, avec le temps, de se convertir en réseaux confortables (mais légèrement plus froids) ou chacun cherche sa petite place.
    Il y a aussi cette fâcheuse propension, chez l’ humain, à fermer la porte dès qu’on l’ a entrouverte…il m’ a semblé que le potentiel radiophonique permettait d’ échapper à cette règle, Dieu faites que je me trompe.

    Cordialement,
    J.

    • Syntone Syntone dit :

      Bonjour Jacques. « La fine fleur de… », ce n’est pas dans le dossier de presse de Radio Revolten, c’est une expression à l’emporte-pièce, je l’avoue, qui m’est venue à la lecture de la programmation où l’on reconnaît des artistes que l’on suit et retrouve maintenant depuis une dizaine d’années. J’utilise cette expression avec la légèreté qu’elle inspire, sans vouloir décerner d’honneurs particuliers aux artistes présent/es, ni fustiger les absent/es. Alors, est-ce que Radio Revolten sera une simple vitrine de promotion d’artistes ou un véritable laboratoire de création ? J’ai l’impression que l’état d’esprit des organisateurs/trices penche plutôt vers la deuxième option, mais il faudra écouter et/ou s’y rendre pour s’en faire un avis.
      Étienne

  • Jacques dit :

    Alors je m’en remets à l’ écoute et à Dieu:)…
    J.

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