Radio Larzac, de la bonne radio sur un plateau

Née dans une foule sur un plateau désert, Radio Larzac sait jouer des contrastes. Le plus souvent mobile dans un territoire rural et escarpé, elle tisse patiemment un programme à la fois généreux et exigeant. Et fait de la résistance à l’heure des coupes budgétaires.

Durant trois jours d’août 2003, le causse du Larzac vibre sous les pas, les cris et les chants de plusieurs centaines de milliers de personnes réunies pour les trente ans de la première lutte du Larzac. Une radio temporaire y naît, sous l’impulsion de sa voisine Radio Saint-Affrique. Elle se fait l’écho des concerts, discours et débats de ce qui fut l’un des plus grands rassemblements altermondialistes de l’époque, grâce à l’énergie de bénévoles venu·es d’une quarantaine de radios associatives en France. Un an plus tard, l’expérience est reconduite à tête reposée sur le web, toujours avec l’appui de Radio Saint-Affrique qui prête ses locaux, mais aussi sous une forme itinérante devenue emblématique : c’est l’invention de la « caravane-studio » qui pose ses micros sur les marchés et les festivals des environs. En 2008, Radio Larzac obtient deux fréquences FM, une troisième est en attente d’autorisation.

Photo : Radio Larzac

En plus de sa fameuse caravane, Radio Larzac aime prendre l’air et passer le micro. Depuis 2016, elle propose des soirées d’écoutes dans les bars et restaurants des villages autour de Millau, à la rencontre des habitant·es. « L’objectif est de proposer à tou·te·s les curieux·ses de faire partager leurs découvertes, leurs enregistrements ou leurs coups de cœur, de découvrir les sons des autres ou les nôtres », explique Émilie Lamine, salariée de la radio, « et toujours dans un environnement chaleureux, convivial et à chaque fois différent, en-dehors des villes comme Millau ou Rodez où l’accès aux événements culturels est plus fréquent. »

Ce qui n’empêche pas la radio locale de soigner sa base. Installée à quelques kilomètres de Millau dans un ancien corps de ferme qui s’avère aujourd’hui trop isolé, la station s’apprête à déménager dans le centre-ville millavois – une mini-révolution : « On cherche à favoriser l’implication de nouveaux et nouvelles bénévoles, plus jeunes, qui auront plus de facilité à s’investir. » La radio a aussi pour projet d’ouvrir un deuxième studio accessible à des personnes à mobilité réduite, pour mieux les inclure dans la ronde radiophonique.

À l’antenne, la générosité de Radio Larzac s’entend dans sa bonne humeur et son attention aux jeunes oreilles : « Nous diffusons tous les mercredis après-midi des créations dédiées aux enfants. Pour l’alimenter, nous réalisons par exemple des ateliers dans les écoles primaires du coin, et en ressortent de véritables petites perles » – qui ont d’ailleurs valu à Émilie Lamine de figurer tout fraîchement au palmarès du dernier concours Paroles partagées, avec la création Le respect mutuel ? Paroles d’enfants :


Dans ses productions, Larzac met l’accent sur le montage, le jeu, l’humour. Pourtant, malgré une dynamique créative à tous les niveaux – il y a quelques jours, la radio inaugurait son nouveau site web –, son avenir est questionné cette année car la situation financière est au plus bas et les troupes ont du mal à garder le moral. Fonds de soutien en baisse, aides à l’emploi plus attribuées, les postes sont menacés. Comme d’autres radios fragilisées (la marseillaise Grenouille, récemment), Radio Larzac s’apprête à lancer sa première campagne de financement participatif. Pour que le plateau du Larzac continue de vibrer.

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