Produire de la fiction en Espagne ou en Angleterre : l’expérience de Nicolas Jackson

Nicolas Jackson a grandi au Royaume-Uni. C’est en écoutant les fictions de la BBC qu’il cultive sa passion pour les histoires. L’Histoire avec un grand H, il l’étudie à l’université d’Oxford tout en rêvant de devenir journaliste. Il travaille finalement dans l’édition, puis dans la diffusion culturelle au British Council de Madrid. C’est là qu’il pousse les portes de la radio. Il réalise d’abord des magazines en anglais pour Radio Nacional de España avant de se lancer dans la fiction. Il commence sans expérience et sans budget. Depuis il a fait du chemin, il vient de remporter le prix du son aux BBC Audio Drama Awards 2015 pour sa dernière fiction.

Comment vous êtes-vous lancé dans la production de fictions ?

En Espagne, la fiction radiophonique est un genre plus neuf qu’au Royaume Uni, il y a donc moins de gens qui en font et plus de possibilités de faire sa place. Mais la radio publique finance très peu la fiction, alors je me suis tourné vers des institutions comme la SGAE (Société Générale des Auteurs et Éditeurs) et le Centro Dramático Nacional (Théâtre National). Pour eux, j’ai réalisé 14 pièces sonores, toutes des adaptations de textes d’auteurs contemporains espagnols.

Qu’est-ce qui a motivé ces institutions à soutenir un projet sonore ?

L’attrait de la nouveauté ou plutôt l’envie de renouer avec une tradition qui s’était perdue. La fiction a connu un âge d’or en Espagne dans les années 50 ou 60. L’intérêt du format sonore était de toucher un public nouveau à grande échelle : la diffusion en ligne permettait de faire entendre la programmation du Centre dramatique national dans tout le monde hispanophone. Le son est aussi un moyen d’atteindre des personnes qui n’ont pas forcément accès au théâtre. Par exemple on a organisé des séances d’écoute pour des non-voyants dans le cadre du festival de théâtre et handicap, Una mirada diferente.

Et ensuite, vous vous êtes tourné vers la BBC…

Oui, il faut savoir que 20 % des émissions de la radio britannique sont prises en charge par des productions extérieures. Il s’agit de structures à tailles variables. Moi, je travaille seul avec ma maison de production Afónica. Pour la BBC, j’ai proposé une adaptation de El Chico de la última fila (The Boy at the Back / Le Garçon du dernier rang), une pièce de Juan Mayorga, grand auteur contemporain espagnol. Ce texte a déjà été porté sur grand écran par François Ozon sous le titre Dans la maison.

C’est justement ce film qui vous a donné envie d’en faire une version radiophonique ?

Oui, je me suis dit : « si ça a fonctionné au cinéma, ça va marcher à la radio ». À partir d’une situation en apparence banale – un lycéen s’immisce chez un collègue de classe et le raconte dans ses rédactions de français –, l’auteur parvient à nous amener à un niveau de tension extrême. C’est un récit d’une grande complexité avec beaucoup de couches narratives, d’allers-retours entre le passé et le présent, un vrai défi à la radio.

Sur le tournage de "The Boy at the Back" © D.R. Afónica Sound Productions

Sur le tournage de « The Boy at the Back » © D.R. Afónica Sound Productions

Un défi relevé avec succès, puisque vous avez gagné le « prix du meilleur son » aux BBC Awards pour cette pièce. Comment avez-vous travaillé sur le son justement ?

Dans la pièce de théâtre, il n’y a pas de variété de lieux, il a donc fallu déplacer les personnages, créer des espaces sonores riches pour maintenir l’attention de l’auditeur sur 90 minutes. On s’y est pris en deux temps : d’abord un tournage avec les acteurs en Angleterre, puis des captations d’ambiances à Madrid. On est allés dans le métro, au marché du Rastro, au parc du Retiro et même au lycée où enseignait l’auteur, Juan Mayorga, quand il a eu l’idée de la pièce ! Toutes les voix et les ambiances ont été enregistrées sur le terrain. Cela donne un son plus « sale » qu’en studio, moins poli, mais beaucoup plus réel, comme dans un documentaire. Évidemment, tous les producteurs de fictions de la BBC ne s’y prennent pas comme ça, sachant que c’est plus rapide et surtout moins cher de réaliser en studio. Je ne dis pas que ma façon de travailler est plus valable, c’est comme comparer un enregistrement de musique en direct et un autre en studio,  ce sont simplement deux méthodes différentes.

The Boy at the Back sera rediffusé sur BBC Radio 3 ce dimanche 22 mars à 23h, heure française. On pourra ensuite le réécouter pendant 30 jours sur le site de la BBC.

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