Prix Scam 2009 : Paula Jacques, Léonore Chaix et Flor Lurienne, Christophe Modica

La Société Civile des Auteurs Multimédia décerne chaque année trois prix parmi les œuvres de son répertoire. Le palmarès 2009, qui sera rendu public le 18 juin, honore “pour l’ensemble de son œuvre” l’écrivain et femme de radio Paula Jacques. Révélée dans feu L’Oreille en coin, elle anime chaque dimanche Cosmopolitaine sur France Inter.

Distinguée comme Œuvre de l’année, Déshabillez-Mots est une série humoristique qui décortique les mots de la langue française, créée et interprétée par Léonore Chaix et Flor Lurienne pour la grille d’été 2008 de France Inter. Une page sur le site d’Inter ne nous offre point d’archive sonore mais le script complet des émissions, tandis que nous pouvons en entendre des extraits ici (seul le téléchargement semble fonctionner) et en lire une chronique réjouie sur le blog une semaine, un chapitre.

Les auteures sont en train de préparer une suite, diffusée l’été prochain tous les samedis et dimanches, quelques minutes avant 9h du matin, toujours sur France Inter.

Lauréat du prix Jeune Talent, Christophe Modica a composé pour Radio Grenouille 1968 secondes d’intimité et 30 secondes de silence comme un contrepied aux commémorations médiatiques du joli mois de mai. C’est donc le prix de la découverte de la Scam qui se donne le mieux et tout entier à notre curiosité puisque l’auteur offre sa pièce à l’écoute et au téléchargement sur son site personnel.

Nous vous conseillons de vous y laisser prendre d’abord, avant de lire ses quelques explications, tirées du dossier de presse :

“En 2008, les médias parlaient beaucoup de mai 68. Durant la dernière campagne présidentielle déjà, mai 68 occupait les esprits. J’avais l’impression qu’on en disait toujours les mêmes choses et il me semblait percevoir à travers le traitement médiatique de ces événements une idée qui sous-entendait que les Français étaient alors tous à l’unisson dans la manière de vivre cette période. Je savais que mes parents n’étaient à ce moment-là ni étudiants, ni ouvriers syndiqués d’une grande entreprise, ni impliqués, ni opposés à ce qui se passait. J’avais envie d’aborder mai 68 à travers leurs regards, leurs souvenirs, leurs histoires qui seraient forcément en décalage avec l’Histoire politique de cette période. Parler d’intimité, parler d’amour, de la vie qui suit son cours, qui se construit avec et en parallèle des manifestations. En quelque sorte je désirais alors raconter une histoire de mai 68 à travers l’histoire de deux être humains ordinaires et singuliers.

J’avais également envie depuis longtemps de travailler sur l’autoportrait radiophonique. Comment parler de soi sans en parler soi-même ? Quel témoignage de mon intimité puis-je donner à entendre tout en restant pudique et en gardant la distance nécessaire à la réalisation d’une pièce radiophonique ? C’est ainsi qu’est né ce projet intitulé 1968 secondes d’intimité et 30 secondes de silence.

J’ai réalisé deux entretiens d’environ une heure et demie avec chacun de mes parents. Je ne leur ai posé aucune question. Je leur ai simplement demandé de me parler du mois de mai 1968. Puis j’ai laissé les récits se dérouler sans les diriger. Je n’avais aucune idée précise à ce moment là de ce qui allait émerger. Il s’agit finalement d’une histoire d’amour qui naît au printemps 1968 à Marseille.

J’ai construit cette histoire comme une pièce musicale pour deux entretiens, un magnétophone à bande et un son de manifestation à Marseille. J’ai porté beaucoup d’attention au rythme, à l’évocation plutôt qu’à l’illustration et au silence qui laisse résonner les propos dans l’environnement de l’auditeur, dans sa propre intimité. Je voulais cette création fragile, comme le sont les histoires d’amours, les histoires de vie. J’ai utilisé la force du son, l’imaginaire et l’intimité qu’il suscite, pour donner à entendre ce récit de mai 68 et cette histoire d’amour qui cohabitent à travers les cris, les larmes, les rires, le vacarme, le silence et ce temps qui défile un peu distordu, en avant, en arrière et qui parfois s’arrête pour nous ramener au présent.”

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