Nouveaux voyages sonores dans le passé

En 2016, sous le titre Entendre le passé, nous tentions une synthèse de diverses tentatives, documentaires ou fictionnelles, scientifiques ou artistiques, de retrouver comment sonnaient les époques lointaines. Mais le passé ne cessant jamais de croître, voici deux mises à jour de notre article.

Brandon Keim, « Boomophone #1 », Creative Commons by-nc-sa

Signalons, d’une part, le projet Centuries of Sound (Des siècles de son), porté par l’enseignant James Errington. Depuis le mois de janvier 2017, il se propose en toute simplicité de « produire un mix pour chaque année de son enregistré », de 1859 à 2016, des cylindres de cire au mp3. On peut ainsi entendre les premières captations d’un diapason à différentes hauteurs, une tentative expérimentale de fixer les vibrations du métro newyorkais ou un prototype de réveil parlant, les grands succès musicaux de chaque époque, Walt Whitman déclamant son poème America ou un grand-père s’adressant à ses petits-enfants. Sans oublier, bien sûr, les voix des pionniers du son enregistré : Emile Berliner comptant et récitant son alphabet ou Thomas Edison vantant son phonographe. Le tout accompagné, sur la page de chaque mix, d’une explication du contexte technique et culturel des enregistrements. Les sélections concernant les premières captations fixées permettent ainsi de faire connaître plus largement l’histoire du son, mais également les lieux d’archivage existants (comme firstsounds.org ou archive.org). L’objectif de réunir la sélection la plus exhaustive possible d’enregistrements pour une année risque néanmoins de se heurter à quelque difficulté à mesure que le projet avancera dans les 20e et 21e siècles. La mixtape, exclusivement musicale, de 2016, donne un aperçu du caractère éminemment personnel du choix. Surtout, comme le suggère fort justement la critique d’art Claire Voon, elle gagnerait à inclure, notamment, quelques sons de manifestations.

Le mix des années 1876-1885 de Centuries of Sound.

Pour nous concentrer sur le début du 20e siècle, mentionnons ensuite le site d’Emily Thompson, The Roaring Twenties – littéralement « Les années vrombissantes », en référence à la période de croissance industrielle qu’ont alors traversée les États-Unis. Le projet, lancé en 2013 par cette professeure d’histoire à l’Université de Princeton, se trouve ainsi entièrement consacré aux sons de New York dans les années 1930 et peut se présenter, au choix, sous forme de frise historique, de carte sonore ou d’annuaire d’enregistrements et documents écrits. S’appuyant sur une recherche historiographique sur les plaintes contre le bruit, Emily Thompson a ainsi pu reconstituer une partie du paysage sonore de la ville. L’occasion de découvrir que la publicité envahissait sans vergogne les rues, notamment du fait des magasins de radio qui donnaient à entendre leurs appareils à plein volume, que les sons de chantiers ou d’automobiles étaient déjà loin d’être anodins, et, plus généralement, que l’espace public d’alors ne correspondait pas du tout à l’image d’Épinal, ou plutôt au son d’Epinal, qui en est communément fait aujourd’hui, à savoir un havre de calme, un âge d’or auditif. Le site, indique l’autrice dans sa note d’intention, est né suite à la publication de son essai, The Soundscape of Modernity (Le paysage sonore de la modernité), dans l’objectif « de retrouver le sens du son et d’engager un mode d’écoute historicisé qui permet d’accorder nos oreilles modernes aux fréquences du passé ». Et de nous prévenir : « Cela va demander autre chose que de simplement appuyer sur le bouton “play”. » À nous de trouver quoi, à mesure que nous cheminons jusqu’aux racines de l’environnement sonore d’aujourd’hui.


Mesure du son ambiant en 1929 à New York par la Commission contre le bruit. Film de Fox Movietone Newsreel conservé à l’Université de Caroline du Sud.

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