Sur les docks : L’îlot documentaire

Contre vents (du tout direct) et marées (du tout info), elle fait figure d’îlot solitaire du documentaire. Amalgamée de façon malhabile dans une tranche d’information depuis janvier 2013, Sur les Docks continue pourtant de proposer du lundi au jeudi à 17h sur France Culture des regards singuliers sur le monde.

(cc) Rex Kevin Aggabao - flickr

(cc) Rex Kevin Aggabao – flickr

En 2006, Sur les Docks est créée par Pierre Chevalier avec une équipe de producteurs-coordinateurs dont Irène Omélianenko. En 2009, l’émission passe sous la houlette de Jean Lebrun, puis en 2011 d’Irène Omélianenko, peu après nommée conseillère aux programmes pour le documentaire et la création radiophonique par le directeur actuel Olivier Poivre d’Arvor.1 Comme ses prédécesseurs, Irène Omélianenko continue de chapeauter Sur les Docks, mais cette fois en plus de cinq autres émissions et avec un seul « adjoint » dédié à cette émission au lieu de trois, Michel Pomarède. En septembre 2012, le poste de celui-ci est supprimé. Initialement du lundi au vendredi, la dernière tranche de la semaine a été donnée à Sur la route en septembre 2011, une émission délocalisée associant reportages et plateau en direct. Depuis janvier 2013, Sur les Docks et les émissions suivantes jusqu’à 19h sont regroupées sous l’appellation Le 5 à 7. Hervé Gardette, qui clôt la tranche avec son magazine d’actualité Du Grain à moudre, intervient dès 17h en direct pour passer l’antenne à Irène Omélianenko dont la présence en studio est requise impérativement chaque jour. Sur les Docks évolue donc, assurant tant bien que mal son statut « singulier », tandis que ce jeudi 12 décembre, elle fut invitée à une expérimentation de « documentaire en direct » dans le cadre d’une délocalisation de France Culture à Reims, rappelant Sur la route dans la forme, c’est-à-dire, quoiqu’on en pense sur le fond, un autre type d’émission qu’un documentaire.

Un documentaire Sur les Docks est un travail radiophonique sur le réel. Il donne à entendre à partir de son observation et de son analyse un point de vue de production et de réalisation

… peut-on lire, à la lettre D comme documentaire, dans l’abécédaire distribué à chaque « producteur délégué » [documentariste] qui va concevoir un numéro de Sur les Docks.2 À la lettre E comme éditorial, il est écrit que « la ligne éditoriale de SLD s’attache à une analyse et une mise en perspective du réel avec un point de vue de production et une réalisation qui en font son style. » À la lettre C, les chargé·e·s de réalisation qui travaillent avec les producteurs délégués sont présenté·e·s comme des « collaborateurs artistiques ». Il s’agit de distinguer le documentaire des productions journalistiques qui auraient une fonction principale de communication ou d’information, en affirmant les « fonctions de création, voire les fonctions esthétiques » du documentaire.3

Le « genre » documentaire est définitivement ambigu (et riche de cette ambiguïté) à cheval entre l’information et la création radiophonique – qui sont par ailleurs deux étiquettes servant à catégoriser les émissions sur le site de France Culture, très variables lorsqu’il s’agit de les appliquer à Sur les Docks. Tendrait-elle plus vers la création radiophonique qu’elle aurait encore sa place en milieu d’après-midi ? Tanguerait-elle plus vers l’information qu’on voudrait la lier davantage à l’actualité ?

Sur les Docks est définitivement un territoire à part, avec sa temporalité à part. C’est une oasis où l’on peut s’arrêter pour découvrir et s’interroger, où l’on est accueilli chaque jour par un·e auteur·e – donc, une personnalité différente. C’est le bastion de professionnel·le·s aguerri·e·s, à la reconnaissance parfois internationale (Prix Phonurgia Nova pour Vers le nord de Christophe Deleu et François Teste en 2010, Prix Italia pour Souvenons-nous du Joola d’Alain Devalpo et Jean-Philippe Navarre en 2013), en même temps qu’une fabrique ouverte sur l’extérieur où l’on peut concrétiser son premier documentaire.4

Sur les Docks mérite donc toute notre écoute, du lundi au jeudi à 17h sur France Culture.

→ Voir tous les articles étiquetés Sur les Docks sur Syntone.

Notes :

1. – Sur Syntone, lire Irène Omélianenko, son terrain pour un univers, 30 mars 2011.
2. – Cité par Christophe Deleu, Le documentaire radiophonique, L’Harmattan / INA, 2013, p. 52.
3. – Propos de Pierre Chevalier recueillis par Christophe Deleu, ibidem.
4. – Voir notre guide : Comment financer une création radiophonique ?

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