L’histoire de la radio, c’est un peu l’histoire de chacun

Il y a des groupes d’enfants munis de leurs casquettes et de leurs sacs à dos contenant probablement un pique-nique. Il y a des groupes de personnes handicapées, les moins voyantes d’entre elles ayant le droit de toucher les micros ou une image tactile du général de Gaulle à la BBC. Il y a aussi des groupes en visite, menés par un guide assez passionné et passionnant. Tout ce beau monde défile au musée des Arts et Métiers à Paris, depuis le 28 février et encore jusqu’au 2 septembre, pour découvrir l’exposition Radio : ouvrez grand vos oreilles.

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Et c’est vrai qu’il y a de quoi les ouvrir, les oreilles, entre les petites pièces prévues à cet effet (dans lesquelles il est parfois un peu difficile de savoir ce que l’on est en train d’entendre) et les postes avec casques installés un peu partout. Pêle-mêle, au fil du parcours : le premier match de boxe retransmis en 1923, un discours d’Hitler en 1933, le premier journal d’actualité dans lequel le speaker en explique le principe et s’excuse de ne pas (encore) pouvoir donner les informations du monde entier, le “message de Noël aux prisonniers” de Pétain en 1941, un reportage de la BBC dans les rues de Paris le jour de la Libération où l’on entend des Parisiennes crier “On est bien contents d’avoir les Américains, very happy !”, etc.

Beaucoup de choses à écouter, et beaucoup de choses à voir aussi : un poste à galène, des microphones à charbon, les récepteurs à lampes, les premières “antennes cadres”, le premier lecteur-enregistreur sur ruban (un objet si gros pour seulement 30 minutes d’enregistrement !), le récepteur dit “boîte à jambon”, un micro semblable à celui qu’utilisa de Gaulle pour son appel du 18 juin 1940, plusieurs enregistreurs Nagra de différentes époques, les premiers transistors Solistor, etc.

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Nagra II, 1953

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Poste à galène, 1920

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Nagra E, 1985

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Au sol, une frise vous indique les grandes dates de l’histoire de la radiodiffusion. De part et d’autre de cette frise, de gigantesques postes de radio séparent l’exposition en plusieurs blocs.

Chacun correspond à une période. Vous découvrez donc l’histoire chronologiquement : la télégraphie sans fil à base de bidouilles à partir des années 20, l’apparition des postes de radio dans les salons dans les années 30, l’utilisation de la radio comme arme pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’après-guerre, la radio comme média de la jeunesse dans les années 60. Et puis la dernière partie de l’exposition s’intitule “2000-2012 : la radio dans l’ère numérique”. Mais là, nous ne sommes plus dans le grand espace coloré (une couleur = une période) traversé auparavant.

Arrivé en fin de parcours, la scénographie s’assombrit, cette dernière période prend place dans une pièce séparée, où le plafond est bas et les murs sont noirs. Comme si, à partir des années 2000, la radio passait dans l’ombre, après des années de lumières et de couleurs. Bien sûr, il doit s’agir des contraintes architecturales du musée, mais l’impression est assez saisissante. Le dernier présentoir d’objets fait grise mine.

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Et en même temps, l’ambiance de cette dernière pièce n’illustre-t-elle pas les incertitudes sur l’avenir de la radio ? Face au développement d’internet ou aux questions sur la radio numérique terrestre, que va devenir la radio ? Et c’est à ces questions que l’exposition tente également de répondre grâce à un cycle de conférences dont les enregistrements sont réécoutables en podcast. La prochaine conférence, qui a lieu le jeudi 31 mai, posera la fameuse question du devenir multimédia de la radio : “La radio de demain, plus que du son ?”

À la fin de l’exposition, de petits tabourets sont installés face à des écrans, pour permettre à chacun de découvrir en vidéo des témoignages de professionnels de la radio. Ces vidéos sont également disponibles en ligne. Deux autres tabourets sont, eux, installés face à des écrans d’ordinateur et des micros, car quoi de mieux pour comprendre la radio que d’en faire ? Deux adolescentes sont installées, elles s’essaient au flash info trafic.

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Elles s’appliquent et tentent tant bien que mal d’appliquer la consigne inscrite sur l’ordinateur : “Prenez une voix suave et parlez lentement.” Elles ont encore quelques progrès à faire mais on sourit intérieurement en les imaginant installées au Centre régional d’information routière de Créteil d’ici quelques années. Une fois les automobilistes fictifs bien informés que oui, l’A6a est toujours bouchée à la porte d’Orléans, on peut interroger les jeunes filles sur leurs souvenirs de radio. La discussion sera courte : Emilie et Adèle ont 15 ans et leur connaissance de la radio se résume pour l’heure à la libre antenne de Skyrock. Mais cela deviendra sans doute d’ici quelques années un de leurs souvenirs de radio, comme d’autres ont pu être marqués par le ton de Doc & Difool dans Lovin’Fun sur Fun Radio, écoutée en cachette dans son lit, émission à laquelle il est fait référence dans l’avant-dernière partie du parcours. Une exposition, donc, très largement consacrée à la culture populaire de la radio mais, à part quelques références comme Yann Paranthoën ou Arte Radio via une interview vidéo de Silvain Gire, quasiment pas à la création radiophonique.

Régulièrement, dans les allées, les visiteurs s’écrient “ah, ça me rappelle…”, “ah, quand j’étais jeune…” face à des objets ou lorsque le générique de Salut les copains retentit. Il y a ceux qui se souviennent avoir joué avec “l’œil magique” du “récepteur de radiodiffusion superhétrodyne C862” (1937) présent dans l’exposition. L’indicateur visuel de couleur verte s’allumait lorsque le récepteur était bien réglé. “Ça me rappelle mon enfance, il n’y avait pas la télé, la famille se réunissait autour du poste, on écoutait tous ensemble La famille Duraton le soir”, raconte Hélène, 68 ans. Bernard, un amoureux de la radio (comme beaucoup de ceux croisés ici), décrit lui aussi de “forts souvenirs d’enfance” : “J’ai 6 ou 7 ans, je suis dans la salle à manger, devant le poste à lampe familial, et j’écoute avec la nounou le feuilleton Zappy Max, la nounou écoutait ça religieusement”. “Mes copains me parlaient de Salut les copains, mais moi je n’avais pas le droit d’écouter”, se souvient pour sa part cette visiteuse, “ce n’était pas la même génération que vous, où aujourd’hui c’est vous qui dirigez vos parents !” Si certains ont la nostalgie moins joyeuse que d’autres, il semble quand même que cette exposition, au-delà de sa richesse en son et en images, soit aussi pleine des souvenirs de chacun.

Texte et images : Clara Beaudoux

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