Docusound : vers une plateforme documentaire internationale ~ 3 questions à Fabrizia Galvagno

Chassez le documentaire de la radio, il revient par le web ! C’est d’une Italie radiophoniquement sinistrée que nous arrive et nous interpelle Docusound. De jeune plateforme nationale de production et de diffusion de documentaires, le projet fait à présent de l’œil (ou de l’oreille) au monde entier. Étonnant lorsqu’on sait combien les frontières linguistiques sont tenaces en radio. Le site de Docusound est presque entièrement développé en français et en anglais, et les premiers documentaires sonores sont diffusés via des lecteurs vidéo afin de permettre un sous-titrage. Il fallait des professionnels de l’audiovisuel pour y penser !

Trois questions à Fabrizia Galvagno, productrice de films depuis 15 ans, cofondatrice de Docusound, responsable de la formation professionnelle et du développement international.

Quelle est la situation du documentaire sonore et radiophonique en Italie ?

Horrible. En deux mots : la radio publique ne fait pas d’effort pour le financer, ni pour le diffuser. Radio Tre a un seul programme de docs sonores produits par des professionnels (dont trop peu sont produits par des producteurs indépendants). Il y a seulement deux associations de professionnels du documentaire sonore en Italie : Docusound et Audiodoc. Audiodoc est une association d’auteurs et Docusound est beaucoup plus comme une boîte de production. Notre mission est aussi de construire un réseau international ainsi que de faire de la formation.

Il y a aussi un circuit de radios communautaires qui parfois diffusent des docs audio via une petite organisation, Amisnet, mais il s’agit d’initiatives isolées. Le Bellaria Film Festival a inauguré sa section audio il y a deux ans et, en 2012, le Festival Internazionale (organisé par l’hebdomadaire italien Internazionale) a organisé des audio-projections qui ont en fait obtenu un grand succès. Nos deux associations supportent toutes ces initiatives, cela va sans dire.

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On voyait Docusound comme une petite association émergente, mais vous avez déjà des financements européens et vous vous lancez dans des projets internationaux. Comment en êtes-vous arrivés là ?

Docusound a été créée par trois professionnels du film documentaire : moi-même (productrice), Matteo Bellizzi (réalisateur) et Andrea Vaccari (chef opérateur). Au début du projet en 2010, nous avons commencé à collaborer avec l’union italienne des aveugles et des malvoyants, l’UICI. Comme nous venions de la vidéo et que nous avions besoin d’apprendre comment raconter de bonnes histoires sans images, ce sont eux qui ont guidé notre voyage dans le son. Les personnes aveugles qui ont travaillé avec nous ont aimé l’idée de faire des documentaires sonores, puisque cela leur donnait la possibilité de ne pas être différents des autres gens. Sans images, les aveugles et les voyants sont en effet sur le même plan.

Depuis cette collaboration avec l’UICI (que nous poursuivons), nous avons développé un projet pilote en Italie, Docusound.it, qui nous a donné l’opportunité de produire pas mal de documentaires, d’accumuler de l’expérience et, en même temps, de construire un réseau de professionnels qui œuvrent tous dans les domaines du son et de la radio. Puis nous avons présenté à une ONG qui travaille en Afrique un programme de formation professionnelle et d’éducation aux médias ouvert aux aveugles, aux personnes handicapés et aux minorités en général. Nous avons participé à un appel à propositions de l’Union Européenne, EuropeAid, et nous avons été sélectionnés. Le projet a démarré en 2013 et finira en 2014. Pour l’instant, nous intervenons au Kenya et au Sénégal, mais nous voulons porter le projet dans tous les pays où l’intégration et l’inclusion sociale des personnes handicapées est difficile.

Auriez-vous un message à faire passer aux documentaristes francophones ?

Aidez-nous ! (Je plaisante !) Je ne connais pas la situation en France, mais je crois que il faudra de plus en plus collaborer à travers les frontières. Pour la production et pour la distribution aussi, je crois que le “cross-média” est l’avenir de notre art. Le même contenu va être diffusé par des médias différents et peut-être dans des pays différents (les projections des docs sonores sous-titrés sont une innovation intéressante). Et le podcast est la ressource la plus révolutionnaire pour nous car il est disponible à tous dans le monde entier ! Les frontières n’existent plus.

Vous pouvez nous envoyer vos docs, avec un petit synopsis et un court CV, et nous allons les diffuser sur le site de Docusound. Nous ne pouvons pas payer de droits d’auteur, mais nous de demandons pas l’exclusivité. Tout est gratuit et l’idée, à la base, est de mettre en réseau les professionnels sur une plateforme internationale.

Et bien sûr vous pouvez nous contacter pour installer Docusound dans votre pays !

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