Andrew Orr, du prêche à l’écoute

Avant de participer à la création de Radio Nova, puis de poursuivre dans la production audiovisuelle, Andrew Orr fut un acteur de la grande époque des Ateliers de Création Radiophonique de trois heures hebdomadaires. Le vendredi 30 janvier 2015 au festival Longueur d’ondes à Brest, il retraçait son parcours face aux questions de Thomas Baumgartner, actuel producteur de l’Atelier du Son de France Culture.

Thomas Baumgartner & Andrew Orr, en janvier 2015 au festival Longueur d'ondes © Sébastien Durand

Thomas Baumgartner & Andrew Orr, en janvier 2015 au festival Longueur d’ondes © Sébastien Durand

Andrew Orr n’était pas destiné à faire de la radio. Loin de là. Sa première vocation est celle de « prédicateur », selon ses propres mots. D’origine irlandaise, pasteur évangéliste comme son père, il commence d’abord à dispenser la parole plutôt que la recueillir ; il se rend cependant compte de l’inadéquation de son action et, en guise de thérapeutique, passe derrière le micro, là où il ne fait pas bon se mettre en avant.

Alors qu’à 24 ans il cumule les jobs de journaliste, correspondant en France de journaux irlandais, il rencontre le fondateur de l’Atelier de Création Radiophonique de France Culture, Alain Trutat, dont il est alors – heureux hasard – le voisin de bureau à la Maison de la Radio. Les discussions autour de la machine à café se transforment bien vite en proposition de documentaire et Andrew Orr part en mission commandée enregistrer dans son pays d’origine.

Son entrée à l’Atelier de Création Radiophonique, c’est donc un peu par hasard qu’il l’a faite. Pourquoi lui ? L’équipe de l’ACR, plutôt « littéraire » dans son ensemble, avait besoin de petites mains qui aillent sur le terrain pour rapporter des sons aux studios. On se demande pourtant si ce n’est pas le destin qui l’a poussé là, tant son travail futur démontre un véritable intérêt et un soin particulier à aller capter ces instants « bruts » dont se nourrit le documentaire. De tous ces bouts de réel volés par le micro, il en fait une nouvelle œuvre, une nouvelle réalité… ou une nouvelle fiction.

Autour d’un extrait de Les anciens moules ont craqué en Ulster (ACR, France Culture, 1978)

Ce « télescopage de réalités », c’est ce qu’il refera lors de la création de Radio Nova, à l’été 1981, lorsqu’à la faveur de l’ouverture des ondes, la pirate Radio Verte – née clandestinement dans les studios, et aux frais, de Radio France – se transformera, au contact de nouvelles influences, notamment le fondateur du magazine Actuel Jean-François Bizot, en Nova.

Le désormais connu « Grand Mix » de Radio Nova, c’était ça : un flux de sons savamment organisé, captés hors du studio, volés sur les fréquences policières, piqués sur d’autres stations de radio ou enregistrés dans la rue. Un mélange de sons qui se voulait « climatique ».

Et cependant qu’il raconte à Thomas Baumgartner sa formation à l’ACR, où il côtoie entre autre René Farabet et Yann Paranthoën, ainsi que l’aventure de la création de Radio Verte puis de Radio Nova, Andrew Orr nous décrit également les conditions de production d’une époque où, vue d’ici, il semblait facile de faire de la radio. Il s’amuse des formalités administratives d’aujourd’hui : écrire un projet avant d’aller le réaliser, cela ne lui serait jamais venu à l’idée il y a 30 ans. Pour lui, c’était simple : tu as une idée, tu pars. Prendre six mois pour réaliser un documentaire dont la décision de réalisation a été prise presque aussi vite que le temps d’en émettre l’idée, c’était possible. Un mois, et plus, pour le montage. Tout son temps au mixage. Et trois heures d’émissions à l’arrivée. De quoi faire rêver aujourd’hui…

Retrouvez l’intégralité de cette rencontre en écoute sur Oufipo

logoOufipo-org_0Un article en partenariat avec Longueur d’ondes & Oufipo

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