À la Biennale de Mexico, il y a tout le monde latino de la radio

C’est la grande messe de la radio pour le monde latino. La Bienal Internacional de Radio a fêté cette année sa 10ème édition. L’événement, organisé du 6 au 10 octobre à Mexico, « a eu un impact au-delà de tous nos espoirs », s’est félicitée vendredi soir Hilda Saray, la coordinatrice générale de la Biennale, dans son discours de clôture, étayant ce « succès » de plusieurs chiffres. Plus exactement : 980 programmes de radio, en provenance de vingt pays, inscrits au concours de la Biennale ; plus de 200 étudiant·e·s dans les 11 ateliers organisés cette année ; un public de plus d’un millier de personnes pour les différentes conférences et tables rondes organisées au Teatro Nacional de las Artes – et ce sans compter les presque 18 000 connexions sur internet via le streaming en direct ; et une vingtaine d’invité·e·s  en provenance d’une dizaine de pays.

C’est justement en tant qu’invitée que j’ai participé cette année, pour la deuxième fois, à la Biennale. En tant que réalisatrice de documentaire radiophonique et professeure au Centre d’études de Journalisme de l’Université de Los Andes (Bogota, Colombie), les organisateurs de la Biennale m’ont invitée à faire partie du jury du concours, dans la catégorie « Reportage d’Investigation ». Avec les deux autres jurés de la catégorie, nous avons reçu plus d’une centaine de reportages et, après une longue délibération, nous avons récompensé trois programmes, en provenance du Mexique, du Pérou et de l’Argentine.1 J’ai également participé à l’une des « conversations » du programme académique de la Biennale. Avec Hernán Risso, ingénieur du son et producteur de radio argentin, nous avons donc conversé pendant une heure, devant le public du Teatro, autour du thème de la narration radiophonique, en particulier le genre du documentaire, et des possibilités nouvelles de diffusion et de création qui s’offrent aux auteur·e·s grâce à internet.2 Et enfin, j’ai également dirigé un des ateliers de création proposés cette année. Durant quatre jours, les 16 étudiant·e·s inscrit·e·s ont produit en groupe des mini documentaires, autour du thème du métro de Mexico.3

Atelier de documentaire sonore (cc by-nd) Charlotte de Beauvoir

Pendant l’atelier de documentaire sonore (cc by-nd) Charlotte de Beauvoir

La Biennale de Radio, pour les invité·e·s qui participent ainsi sur plusieurs fronts, se transforme donc en un marathon essoufflant. Car on vient aussi pour écouter et rencontrer d’autres acteurs et actrices du monde de la radio.

Chacun pioche dans le programme, en fonction de ses intérêts. Et il y en a pour tous les goûts. La Biennale, qui est organisée par Radio Educación, une radio culturelle publique mexicaine qui dépend du Ministère de l’Éducation, présente un programme très généraliste, organisé cette année autour du thème du numérique et de la narration transmédia. Trois types de participant·e·s se retrouvent à la Biennale, tant du côté des invité·e·s que du public : chercheur-ses universitaires, créateurs-trices/auteur·e·s/producteurs-trices et dirigeant·e·s de radios. Ainsi, au programme de cette édition 2014, on trouvait par exemple une conférence magistrale sur l’art radiophonique (très vivace dans le monde de la radio en espagnol) mais aussi une « conversation » avec la directrice d’une petite radio communautaire ou une table ronde dédiée au thème de la réforme de la loi mexicaine de télécommunication…

La diversité du programme de la Biennale, c’est à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force, car l’événement réussit réellement à rassembler pour une semaine les actrices et les acteurs de toutes les facettes de la radio. Et ces personnes se rencontrent, s’écoutent et partagent, au-delà de leur propre centre d’intérêt. Ainsi, par exemple, au hasard d’une des navettes qui nous emmenait de l’hôtel au Teatro, j’ai pu discuter avec un chercheur argentin et en apprendre un peu plus sur les différentes réglementations en matière de concentration des médias d’Amérique Latine.4 Mais c’est aussi sa faiblesse ou, plutôt, son défi. Car ces différentes personnes peuvent être amenées à entrer en conflit – en particulier les dirigeant·e·s de radio et les auteur·e·s –, ce qui peut être délicat à gérer pour la Biennale, comme l’explique un habitué de la Biennale, le compositeur et artiste sonore espagnol José Iges :

Reste à savoir, donc, si la direction de la Biennale penche plus d’un côté que de l’autre. Si, jusqu’en 2010, la Biennale était plutôt faite par et pour les créateurs-trices et producteurs-trices, elle s’est ouverte depuis aux entrepreneurs-ses et directeurs-trices de radio. Un équilibre semble avoir été trouvé par l’équipe dirigeante actuelle, avec à sa tête Antonio Tenorio, le directeur général de la Biennale et Hilda Saray. Le futur nous dira si ce compromis se maintient. En tous cas, l’engagement de la Biennale à soutenir les auteur·e·s semble intact. La semaine dernière à Mexico, avec plusieurs producteurs-trices de documentaires sonores du Mexique, du Pérou et d’Argentine, nous avons posé la première pierre à la création d’un réseau d’auteur·e·s de documentaire sonore, un genre encore balbutiant en Amérique Latine. Hilda Saray, conviée à une réunion de notre groupe de travail, nous a assuré de son soutien, non seulement pour être présent·e·s en 2016 au programme de la 11ème Biennale de Radio, mais aussi pour nous aider à organiser un forum, dès l’an prochain, en Colombie. Le rendez-vous est donc pris, à Bogota, en octobre 2015, pour que les auteur·e·s du documentaire sonore en espagnol puissent mieux se connaître, s’organiser et travailler ensemble, sous la houlette bienveillante de la Biennale Internationale de Radio.

Notes :

1 Consulter le palmarès, toutes catégories, de cette 10ème Biennale.
2 Visionner la conversation sur la narration radiophonique. Accéder à toutes les vidéos de la Biennale.
3 Voir la page Facebook consacrée à l’atelier de documentaire sonore.
4 Sur la problématique de la concentration des médias en Argentine et au Mexique, lire En Amérique du Sud, des relations parfois tendues entre presse et pouvoir, AFP / L’Express-L’Expansion, novembre 2013.

Pour aller plus loin…

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